Émouvante cérémonie des adieuxPublié le 07/12/2009 par Nicolas Chevrier
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Un regard subtil sur une pièce inachevée de Bernard-Marie Koltès Tout commence dans l’ombre. Coco Chanel et sa domestique, Consuelo, sont là, sur scène, dès l’entrée des spectateurs. On les y distingue. L’une, Consuelo, est tournée vers le public, toute de rouge vêtue. L’autre nous tourne le dos, mais on la reconnaît. Austère vêtement noir, collier de perles : c’est Coco Chanel, la figure emblématique de la mode française du XXe siècle. Lorsque les lumières s’allument enfin, le spectateur est saisi : pendant un long temps, sans mot ni musique, Consuelo déshabille Coco. Ainsi, la metteure en scène se débarrasse des conventions : on n’a pas besoin d’un tailleur Chanel pour comprendre Coco ; au contraire, par l’apparition de ce corps dénudé, on entre dans l’intime de ce personnage, on accède à l’humain, sans fard ni déguisement. Et cette femme qui se retrouve en chemise de nuit devant nous, face à la mort qui rôde, nous émeut bien plus qu’une retranscription historique et glamour de la fin de vie de Coco Chanel. Il faut dire que Koltès est lui-même près de mourir lorsqu’il entreprend la rédaction de Coco, qu’il laissera d’ailleurs inachevé. Chloé Bernadoux rend hommage au texte en ne cherchant pas à répondre aux questions qu’il soulève. Grâce à une mise en scène délicate et subtile, qui montre avec finesse la fragilité de ces deux femmes et l’ambiguïté leurs liens, le spectacle nous émeut. Il a la beauté froide et formelle d’une cérémonie mortuaire. L’interprétation des deux comédiennes emprunte au théâtre asiatique sa précision et sa lenteur. Chaque geste devient rituel, et l’on ne saura jamais si l’on assiste aux ultimes soubresauts de la vie de Coco, ou à une énième répétition de ses derniers instants. La force du spectacle tient dans ce dépouillement : lumières, décors, costumes et accompagnement musical sont sobres et soignés, parant les deux comédiennes d’un mystère funèbre et envoûtant, qui tient le spectateur en haleine jusqu’au noir final. Auteur :
Nicolas Chevrier
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