Minuit Cinquante Premier Décembre

La Loge

  • Date Du 28 au 31 octobre
  • Conception et réalisation Compagnie de l'éventuel hérisson bleu
  • Texte, mise en scène et scénographie Hugo Mallon
  • Création lumière Luc Michel
  • Avec Marion Bordessoulles, Lou Chrétien, Milena Csergo ou Stéphanie Aflalo (en alternance), Florian Pautasso, Luca Stefanini et Antoine Thiollier
minuit cinquante - by vinciane verguethen -9191

La compagnie de l’Eventuel hérisson bleu, qu’on avait déjà vue dans un très beau spectacle il y a quelques années à la Cartoucherie, Où le temps s’arrête ou sans chaussure (cf. Théâtre du Blog), continue son chemin de troupe et s’affermit à travers les projets – c’est une véritable pépinière d’auteurs – et les expériences artistiques. Ici c’est Hugo Mallon qui signe le texte et la mise en scène de ce singulier projet qu’est Minuit cinquante premier décembre.

Après avoir pénétré dans la salle de spectacle, pleine à craquer d’un public très jeune, à l’image de la Loge, le spectateur  découvre une scène dont le fond est recouvert d’une grande bâche verte, avec au centre une sorte de tente/cabane en tissu doré, qui s’ouvre avec une fermeture éclair. Un comédien est debout au centre et immobile, éclairé par plusieurs spots de lumière colorées, sur fond de chanson française. Une fois le décor posé, il démarre un soliloque à deux voix, dirigeant son regard à cour ou à jardin, selon le personnage. On comprend peu à peu qu’il s’agit d’Alain, aliàs Mouloud (ou inversement).

 
(…)
“Je suis si seul
Je veux pas être en enfer sans les autres
Je veux de la chair humaine
En bouffer
En baiser
En aimer
En cuisiner à toutes les sauces
Rouge blanc bleu
Ou juste un chien
Un petit chien domestique avec de belles cuisses dodues
Miaou” (…)

 

Surgit alors un personnage féminin, qui semble vouloir encadrer ou éduquer Mouloud, et qui lui fait réciter un poème. Après ce premier intermède, véritable performance d’acteur, surviennent d’autres personnages. Tout d’abord un personnage similaire à Alain/Mouloud : pull en laine et bonnet aux motifs colorés. Ramon est le double ou le prolongement du personnage précédent. Ils sont ensuite trois personnages  distincts, qui proviennent tous de derrière la bâche/trou du fond de scène. S’il n’y a pas vraiment de ligne narrative ou d’histoire à proprement parler, on comprend qu’il s’agit d’une sorte de rituel, rythmé par le débit de parole et les interactions des personnages. Les différents tableaux sont délimités par un très gros changement de lumière : des projecteurs placés sur scène s’allument et aveuglent les spectateurs !

minuit cinquante - by vinciane verguethen -9223
La partie continue ensuite avec l’apparition de personnages/fantômes féminins. Et puis du pull aux motifs de noël, tous les personnages apparaissent habillés dans une tenue de sport jaune et bleu, un peu aux couleurs de la Suède ou de l’Ukraine, sauf qu’au dos, en lieu et place du nom des joueurs, il y a toujours écrit “Nicolas”. L’interaction plus ou moins abstraite entre les personnages se poursuit, il y est question d’amour, de violence, de meurtre… La pièce d’Hugo Mallon est paradoxalement très écrite et très abstraite à la fois. De nombreux jeux de mots se glissent ainsi dans les propos des personnages, et la langue y est travaillée de manière précise. Au risque parfois de perdre le spectateur, les comédien se lancent ainsi dans une vraie exploration jubilatoire, en explosant le sens, le récit, la parole. Le titre lui-même semble être une gageure, puisque la temporalité y est éclatée. Les acteurs sont bons et prennent visiblement du plaisir, c’est à voir si vous avez envie de découvrir une jeune troupe aux projets ambitieux, mais sans avoir peur de jouer le jeu et de se perdre dans les méandres et les trous de la parole explorés par ces drôles de personnages !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *