Avenir radieux, une fission française

Le Grand Parquet

  • Date Jusqu'au 2 novembre 2014
  • Direction d'acteur Nathalie Demnard-Brucher
  • Avec Nicolas Lambert et Eric Chalan
Un Avenir radieux___- 2

Oyez oyez frères béliers ! Oyez oyez sœurs brebis !

 

Voici venu un autre spectacle qui vaut le coup d’être vu.

 

C’est d’abord l’histoire d’un « bélier » solitaire, Nicolas Lambert, né en Picardie, ancien étudiant en philosophie à la fac de Nanterre, il fonde sa compagnie Charlie Noé en 1992 auprès de la ravissante et talentueuse « brebis » Sylvie Gravagna. Il sillonnera la banlieue parisienne au tour de projets aussi engagés que classiques où il se confronta souvent à de petits agneaux aussi engagés que… contemporains. Enrichi de ces expériences, il lance en 2004 son grand projet « Bleu, blanc, rouge » avec un premier volet bleu « Elf, la pompe Afrique », tout est dans le titre… Un an plus tard,  il fonde la compagnie « Un pas de coté » et s’inscrit dans un long travail d’investigation où la scène fait média entre le berger et le troupeau. Il jouera une première version de son second volet (blanc) en 2011 qui s’enrichi d’année en année jusqu’à ce jour où il est plus que jamais d’actualité.

 

« Avenir Radieux, une fission française » est avant tout une sorte de voile blanc. Un voile blanc sur la « nucléarisation des esprits », sur une construction politique, économique et médiatique visant à nous… à nous… voilà.  Un voile blanc aussi comme écran de projection où apparaissent certains visages familiers, séparant un joueur de contre basse, Eric Chalan d’un joueur de mots, Nicolas Lambert. Sur scène, rien ou presque, un pupitre, une pipe et des lunettes. Des lumières tantôt bleus, tantôt blancs, tantôt rouges, tantôt riens.

 

Une interprétation proche de l’incarnation     

 

Nicolas Lambert, seul joueur de mots, tel un conférencier polyvalent, jonglant avec talent entre personnages politiques, grands patrons et syndicalistes va nous faire rire en nous disant la vérité, sa vérité, du moins celle qu’il cherche.  Grace à un travail d’investigation, de restitution et d’interprétation, notre frère bélier va nous offrir un spectacle grinçant, drôle et pertinent. Notez que ses principales sources sont l’Assemblé Nationale et le Sénat… donc là forcement… c’est drôle.

 

Ce qui est tout de même frappant et foutrement intelligent dans ses différentes interprétations, c’est ce fardeau d’humanité que Nicolas Lambert accorde à tous ces personnages. Là où beaucoup d’humoristes sont dans des caricatures faciles et agressives, prétendant être transgressifs, Nicolas Lambert lui est dans une interprétation beaucoup plus profonde, beaucoup plus subtile. Il amène un zeste de regard empathique envers ses personnages, ce qui les rend avant tout humains.

 

Seul point négatif, le sujet : Le nucléaire. Le nucléaire c’est noir, c’est sale, c’est triste, c’est chiant, c’est tout sauf drôle quoi. Et pourtant le clown est là pour dédramatiser tout cela et nous dire que finalement… voilà.

 

Notre frère bélier Nicolas Lambert soulèvera donc à la surface de notre foin un constat amer dont nous sommes les fruits. Car oui, nous sommes humains et féroces à la fois, oui nous sommes une chair recouverte d’une panoplie de masques plus ou moins drôles, sociales, cons et raisonnables mais nous sommes vivant hélas, lassés parfois de l’être trop.

 

En sortant de ce spectacle, peut être comprendrez vous aussi, sœurs brebis et frères béliers, que ce berger zoophile qui nous pénètre, qui nous envoie tout droit à l’abattoir a aussi un cœur qui bat. Un cœur qui bat à la mesure de nos peurs et de nos éclats. Car à l’image de ces minuscules fourmis que nous ne comprenons pas, les hommes ne nous comprendrons pas. Ils nous voient comme de misérables Fourmis que nous ne sommes pas et nous les voyons comme des Dieux qu’ils ne sont pas. Pire, nous nous voyons nous même comme des Hommes que nous ne sommes pas.

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