Les Sagas de Nogging the Nog au Festival Fringe d’Edinburgh 2014

Rencontre avec l’équipe artistique

Mise en scène: John Wright

Distribution: Max Mackintosh, Anthony Gleave, Clive Holland, Nicholas Collett.

Conception des marionnettes: Caroline Bowman et Ruth Herbet

Avec la collaboration de Roman Stefanski pour l’aide à la manipulation.

Musique : Vernon Elliot

 

Adapté du dessin animé The Sagas of Noggin the Nog de Peter Firmin et Olivier Postgate.

Une collaboration entre Third Party Production (Hastings) et Mischievous Theatre (Kent).

 

Du 31/07/14 au 25/08/14 – Assembly Festival – Edinburgh Festival Fringe 2014

Interview mené le 15/08/14

 

Avez-vous déjà entendu parler de Nogging the Nog ? C’est une histoire qui remonte à il y a très longtemps… Il était une fois un roi Viking doté d’un grand royaume : le royaume des Nogs. Le roi commençait à se faire vieux et sa belle santé qui jadis le tenait en haleine lorsqu’il guerroyait vaillamment contre ses ennemis le quittait peu à peu. Il lui fallait donc préparer son départ et trouver un hériter qui saurait aussi bien que lui gouverner ses terres. Le roi avait un unique fils qui s’appelait Nogging. « Mon fils », lui dit un jour le roi, « Je suis vieux et malade. Je voudrais que tu diriges à ton tour le royaume des Nogs ». Nogging était triste de savoir son père si faible mais accepta cet honneur avec l’enthousiasme et la ferveur que lui donnait son âge. « Cependant – lui dit le roi – Tu ne peux diriger ce royaume si tu ne te maries pas. Prends cette épée sur laquelle est gravé le visage de ta dulcinée et pars vite à sa recherche ! ». Nogging fut stupéfait de la beauté de ce visage mystérieux et de la finesse de ses traits. « Pars vite ! – Lui dit le roi – Autrement ton oncle Nogbad the Bad prendra le pouvoir à ta place et le royaume sombrera dans une terrible anarchie ! »

 

Les Sagas de Nogging the Nog est un dessin animé culte inventé par Peter Firmin et Olivier Postgate. Les premiers épisodes sont diffusés en noir et blanc à partir de 1959, et d’autres ne seront colorisés que dans les années 70. La trame narrative, dictée par la voix grave d’Olivier Postgate dans chacun des épisodes structure de façon essentielle l’œuvre globale.

Nog black and white

C’est en août 2014 lors du Festival Fringe d’Edinburgh que les comédiens anglais de Third Party Production et Michevious Theatre décident de présenter leur propre version des Sagas de Nogging the Nog : une version adaptée au plateau.

 

N’avez-vous pas l’impression de faire les choses à l’envers en adaptant un dessin animé au théâtre : partir de ce qui a innové pour revenir à de l’archaïque ?

 

Clive Holland : « Pour moi, ce qu’il y a de plus important dans Les Sagas de Nogging the Nog, c’est l’histoire et la façon de la raconter. Adapter Nogging the Nog au théâtre est simplement une autre façon de raconter cette histoire et comporte des enjeux complètement différents de ceux du dessin animé. Il ne s’agit pas de regarder la télé, même en famille, ou de lire un livre dans l’intimité de son foyer. Le théâtre recrée une proximité et un rapport direct entre le conteur et son audience que l’on perd avec la télévision. Enfin, il réinscrit l’individu dans une collectivité, ce qui est absent de l’expérience du livre. »

 

Les Sagas de Nogging the Nog est classifié comme un « spectacle pour enfant » dans la programmation du Fringe. Quand je suis allée voir la pièce, j’ai été étonnée de trouver plus d’adultes que d’enfants dans la salle…

 

Clive Holland : « Nous avons eu beaucoup de mal avec cette classification pour  Nogging the Nog qui est sujette à de nombreuses incompréhensions.  Un spectacle « pour enfant » est selon moi un spectacle que les enfants apprécient et dans lequel les adultes ne font qu’accompagner leurs rejetons, sans véritablement partager quelque chose avec les autres. Or, il est fondamental pour nous d’embrasser toutes les générations et de nous adresser à chaque personne du public. Et ce qui est merveilleux c’est que lorsqu’on joue Nogging the Nog, la collectivité est véritablement représentée: nous avons des enfants, des parents et des grands-parents dans la salle.»

 

Il existe des œuvres que les adultes et les enfants peuvent apprécier ensemble car ils ont différents niveaux de lecture : l’enfant vivra le déroulement de l’histoire au premier degré tandis que l’adulte en appréciera davantage la portée symbolique. J’ai eu l’impression que pour Les Sagas de Nogging the Nog, tout le monde appréciait l’histoire au premier degré…

 

Clive Holland : « … Parce que c’est une excellente histoire ! Et je pense qu’il est pertinent de se contenter de raconter une histoire, aujourd’hui, en 2014, et à tout le monde ! C’est quelque chose de tellement simple  et fondamental. Je trouve important qu’un groupe de personnes, qui ne se connaissent pas nécessairement entre eux, viennent en même temps pour écouter une histoire tous ensemble. Et il y a toujours des choses qu’il se passe à chaque représentation qu’on ne peut pas prévoir : la réaction d’un enfant qui fait éclater de rire tout le monde, un comédien qui ne s’assoit pas au bon moment, ou pas à la bonne place, la musique qui ne démarre pas. J’ai l’impression que le public aime lorsqu’il se passe quelque chose qui n’était pas prévu. Je pense que nous avons d’autant plus conscience que nous faisons tous partie de quelque chose en train de se dérouler. »

 

On a souvent qualifié votre pièce de « nostalgique »  parce vous reparliez d’un dessin animé ancien qui a marqué toute une génération en Grande Bretagne. J’ai l’impression, dans ce que vous dites, qu’il ne s’agit pas de se retourner vers quelque chose qui n’est plus mais de réactiver quelque chose de profondément présent.

 

Clive Holland : « Raconter des histoires n’est pas l’apanage des enfants. Les adultes qui apprécient les histoires ne sont pas de grands enfants, ou des adultes retombés dans l’enfance. Je crois que raconter des histoires et en apprécier la valeur est quelque chose de profondément humain. C’est la façon la plus primaire d’appréhender le monde et de donner du sens aux choses. L’enjeux pour nous était de trouver la meilleure façon de l’adresser.»

 

Pour raconter cette histoire, vous faites intervenir des marionnettes en bois et en tissu, vous projetez de vieilles images en noir et blanc du dessin animé Nogging the Nog, vous jouez de la musique sur un petit clavecin: vous construisez un univers visuel et sonore qui semble construit de bric et de broc…

 

Clive Holland : « Peter Firmin, en créant Nogging the Nog avec Oliver Postgate a dit un jour « Si un enfant voit mon dessin animé et se dit ‘Trop facile ! Je peux faire la même chose si je veux’, alors j’aurais réussi mon œuvre. » Raconter des histoires n’est qu’une continuité de la tradition orale. Elles ne nous appartiennent pas, nous ne faisons que de les emprunter et même quand nous les inventons, elles ne nous appartiennent plus dès lors qu’on les raconte. Il était important pour nous en faisant cette pièce de théâtre que les choses paraissent simples, qu’elles soient construites avec du matériel familier afin de servir la simplicité de l’histoire. L’an dernier nous avons reçu un mail d’une dame qui nous disait que son petit-fils avait adoré la pièce et qu’il montait actuellement son propre Nogging the Nog avec ses amis. Ca a vraiment été une victoire pour nous d’apprendre ça. »

 

Nogging the Nog traverse monts et vallées à la recherche de Nooka of the Nooks. Il rencontre sur son chemin un curieux oiseau, de méchants corbeaux et surtout un immense dragon. Nogging et Nooka tombent instantanément amoureux et avancent timidement leurs mains l’une vers l’autre…

Nogging et Nooka

Vous l’aurez compris, raconter des histoires est contagieux. Quand on commence, on ne peut plus s’arrêter. Continuer de les raconter, de se les approprier pour les transmettre de la meilleure façon possible est le fer de lance de ces comédiens de Third Party Production et Mischievous Theatre. A notre tour de les apprendre pour y ajouter notre sensibilité et nos idées folles. A notre tour de les donner à entendre et à voir pour les laisser circuler d’oreilles en oreilles, de générations en générations et de pays en pays. A notre tour d’inviter un parfait inconnu à s’asseoir auprès du feu et lui demander : Connaissez-vous Les Sagas de Nogging the Nog ?

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