Summer of Loge 5

La Loge

  • Date Du 1er au 19 juillet 2014

Summer of Loge #5

Théâtre La Loge

Du 1er au 19 juillet 2014

Théâtre : Benjamin Porée, Laurent Bazin (cie Mesden), Raouf Raïs (collectif Hubris), Thomas Matalou (collectif ADM), Christine Armanger (cie Louve), Morgane Lory (cie Don des Nues).

Musique / Event : collectif Le Tac, les Indolents, IN, Sioux, My Broken Frame, Moziimo, Jupiter et le label Entreprise, Juniore, Pop Conférence…

 

Le Summer de La Loge est un rendez-vous éclectique d’artistes amis et fidèles du théâtre, toute liberté leur est offerte de rêver et divaguer autour d’un thème donné par le lieu. Cette année, comme La Loge fêtait fièrement ces cinq années d’existence, le thème du quinquennat s’imposait. Les artistes l’abordèrent avec beaucoup de liberté.

 

Musique, théâtre et performance sont les rois de ce festival qui tente et expérimente. Diverses esthétiques se côtoient, les envies de théâtre se confrontent, un dialogue se met en place. On convie le public à 20h et celui-ci n’a plus qu’à découvrir le duo théâtral qui lui est offert.

 

Le 2 juillet 2014, le festival ouvre ses portes avec deux propositions aux antipodes : Waterproof de Raouf Raïs (Collectif Hubris) répond à Parasites de Benjamin Porée (Compagnie La Musicienne du Silence). Quand le premier improvise, le second propose une mise en scène coupée au couteau. Le rire et la légèreté de l’un fait pendant à l’univers très dessiné et angoissé de l’autre. Waterproof offre une partition ouverte à ces acteurs ; la scénographie reste simple et le propos le même chaque soir mais l’acteur peut s’amuser à dire et provoquer l’humour différemment. Le plateau est le lieu d’un amusement où l’on essaie et si l’on échoue, c’est aussi une réussite.

Parasites de Marius von Mayenburg est un texte sur des vies brisées, sur des hommes dans l’impossibilité de continuer à vivre. Des êtres désespérés et cyniques s’affrontent, se cognent contre les parois de leurs âmes abimées et de leurs cœurs vidés. Ils se désespèrent mais se refusent à mourir. Et si on est emportés, c’est par un tourbillon d’angoisse, si on est émus c’est parce que ces êtres se déchirent eux-mêmes leurs propres entrailles, ils se tordent les boyaux à force de vouloir être absolument seuls, et pourtant toujours en quête de leur propre reflet dans l’œil de l’autre. Benjamin Porée nous plonge dans une mise en scène très stricte, aux ressorts scénographiques répétés et anxiogènes. La bataille désespérée que livrent les personnages est ici soulignée par la recherche esthétique obstinée et sombre que le metteur en scène tente ici. On ressort de salle éreinté mais ému par ces mots et visions de violence.

 

Le 15 juillet 2014, le festival se termine avec deux propositions qui, elles, se répondent parfaitement : Sophie de Christine Armanger (Compagnie Louve), et Les cahiers du Conémara de Laurent Bazin (Compagnie Mesden). Elles se répondent car elles sont en quête de l’intimité offerte aux spectateurs, les deux spectacles n’ont pas tout à fait la forme d’un spectacle, sorte de seuls en scène (ou presque) un brin expérimentaux et performatifs.Je prends dans l’instant ce qu’offre le spectateur qui me fait face et je joue avec son regard, son désir et son écoute.

Les intimités que ces deux artistes dévoilent sont impudiques mais on n’est jamais gênés, elles sont littérales mais on a le temps de rêver avec les mots et les images qu’on nous donne avec une grande générosité. Ces deux propositions sont des tentatives, des travaux en cours, en train de naître mais on se sent déjà intéressés, happés, avec l’envie d’entendre et de vivre plus.

Le Sophie du Summer of Loge est une maquette courte dont la création se poursuit en Novembre 2014, à La Loge toujours. Avec Sophie, Christine Armanger arpente les souvenirs d’une enfant qui s’ennuyote et qui, dans sa solitude, s’essaie à tout ce qui lui passe par la tête. Sophie, c’est l’enfant des Malheurs de Sophie, c’est une vision d’Alice aux Pays des Merveilles, c’est la femme sensuelle dépeinte et poétisée par Eluard, mais c’est aussi une poupée désaxée et dégingandée à l’image des œuvres de Hans Bellmer. La proposition est rêveuse et touchante.

Laurent Bazin, lui, vient nous lire ses carnets (du Conémara), il dévoile des espoirs et peurs de jeune père, des anecdotes plus ou moins incongrues, rythmées par les chansons qui ont bercé son enfance et son adolescence. Avec son père au piano, il chante le Sardou de ses 10 ans.

Le Summer of Loge offre avec ces deux artistes une soirée de retours vers soi, de confessions impudiques, un florilège d’images et de mots qui contemplent la mémoire, un roman familial, un rapport particulier à son propre corps, à sa vie, et de l’amusement par dessus tout.

 

Le festival Summer of Loge fourmille de propositions neuves, encore vertes, jeunes pousses et spectacles en devenir, ou seulement amorces d’envies dont le seul but était celui du partage avec un public amical voire ami. Passer ses soirées de juillet dans un festival dédié à la créativité sans jugement de valeur et sans but nécessairement productif est très rafraichissant et on vous le conseille fortement. L’été prochain donc.

 

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