Testament, She She Pop et leurs pères

Autres théâtres

  • Date 3.06.2014

Mise en scène et écriture: She She Pop

Joué par: Sebastian et Joachim Bark, Johanna Freiburgh, Fanni et Peter Halmburger, Lisa Lucassen, Mieke et Manfred Matzke, Ilia et Théo Papatheodorou, Berit Stumpf. 

Une pièce présenté au Barbican (Londres) dans le cadre du LIFT festival 2014. 

 

Prévoir, anticiper, organiser, s’adapter et compter dans les moindres détails jusqu’à la folie chaque parcelle de terrain, chaque livre poussiéreux ou chaque témoignage d’amour : voici un ensemble d’activités « rationnelles » qui donnent l’illusion de maîtriser le temps et le déclin de son vieux père. Les artistes du collectif performatif allemand She She Pop invitent leurs cinq vrais pères sur le plateau pour parler des angoisses comiques et émouvantes qui jaillissent des rapports intergénérationnels à la rédaction du Testament. Il ne s’agit pas d’exhiber leurs histoires personnelles et de faire du spectacle un avatar de la téléréalité. Bien au contraire, les membres de She She Pop parviennent à mettre à distance leur matériau intime pour donner au spectacle une tonalité universelle. Elles laissent de cette façon entrevoir leurs craintes face à un futur qui semble nécessaire et définitif : Comment faire en sorte que l’engrenage du temps laisse un espace à l’épanouissement spontané de notre relation père-fille?

 

Dès la première scène, les She She Pop mettent à distance leurs biographies personnelles en s’ancrant de plein pied dans la dramaturgie du Roi Lear. Les cinq pères du collectif allemand sont annoncés solennellement par le son du clairon et prennent place sur des fauteuils couverts de velours rouge : ils sont « Le Roi Lear ». Les  vieux rois, alors sur leur déclin, convient leurs trois filles pour léguer à chacune une partie de leur royaume. Les cinq artistes performatifs de la troupe entrent ensuite en scène et se positionnent face au public: elles sont « les trois filles ». Le texte de Shakespeare est réparti entre les différents artistes. Cependant, des fragments de textes autobiographiques ou empruntés à d’autres auteurs dramatiques ayant pour thème l’angoisse du déclin dans la relation père-fille s’entremêlent de façon maîtrisée et cohérente. Des passages musicaux, chantés et dansés s’intercalent dans les rouages de ce dispositif et créent des moments de respiration sensibles sans jamais basculer dans une démonstration sentimentale.

 

Les artistes regroupés sous le nom de She She Pop ne se définissent pas elles-mêmes comme comédiennes. Elles ne souhaitent pas mettre en place de frontières étanches entre qui elles sont, le bagage technique qu’elles acquièrent, et ce qu’elles incarnent sur le plateau. Elles revendiquent cependant la naissance « d’un ou d’une autre » sur scène. Ainsi, l’identité de l’artiste se trouble et se dédouble pour former une réalité complexe et multiple. Les créations se font collectivement sur le plateau : elles ne suivent pas la voix d’un unique auteur et ne sont pas dirigées par un metteur en scène. Le processus de construction de Testament et le propos-même de la pièce font état d’enjeux qui semblent se confondre parfois et qui font la virtuosité de leur travail.

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