Le songe d’une nuit d’été

Comédie Française - Salle Richelieu

  • Date Du 8 février au 15 juin 2014 - Du 18 février au 31 mai 2015
Le Songe d'une nuit d'été

De sorte que la moitié de la vie se passant en sommeil, par notre propre aveu ou quoi qu’il nous en paraisse, nous n’avons aucune idée du vrai, tous nos sentiments étant alors des illusions. Qui sait si cette autre moitié de la vie où nous pensons veiller n’est pas un autre sommeil un peu différent du premier, dont nous nous éveillons quand nous pensons dormir ?  Blaise Pascal

 

 

La nuit d’été du titre, c’est celle du mariage de Thésée avec la reine Hippolyta. C’est aussi celle où doit se dénouer le conflit sentimental de quatre jeunes gens de la cour : Hermia qui aime Lysandre mais est promise à Démétrius, lequel est aimé d’Héléna. Cela se passera dans une forêt aux environs d’Athènes où ils alterneront sur scène avec les elfes habitant les lieux et une troupe de comédiens amateurs répétant une tragédie. Les elfes, grâce ou à cause d’une fleur dont celui qui en reçoit le suc tombe immédiatement amoureux de la première personne qu’il regarde, vont créer une confusion des situations et des sentiments entre tous les personnages de la forêt ; mélange de songe et de fantasme. Une fois le rêve dissipé – en était-ce d’ailleurs un ? – les affaires de la cour reprennent, le conflit sentimental du prologue est réglé et la représentation par la troupe des comédiens amateurs peut être donnée face à Thésée.

 

Qu’en est-il de cette mise en scène au Français (reprise la saison prochaine) ? D’abord, l’idée intelligente, puisque les personnages réels – c’est-à-dire ni les elfes fantastiques ni les comédiens en répétition qui jouent à l’acteur, mais les membres de la cour de Thésée – sont comme nous au théâtre, de les faire asseoir dans la salle, dérangeant le public pour rejoindre leur place, chevauchant au besoin les rangées déjà remplies. Ensuite, pour ne pas trop meubler les planches ou ne pas les encombrer des choses du proche, comme le dit Yves Bonnefoy, poète et traducteur de Shakespeare, l’idée, également intelligente, pour signifier la forêt où survient presque toute l’action, de la suggérer, paysage monotone, par un immense drap blanc qui enroule la scène avec des cylindres de tissu pour les arbres. Enfin, surtout pour cette pièce qui mieux qu’aucune autre de sa trempe rend hommage au théâtre, la belle réussite – rare au Français – de voir une vraie troupe, où tous les comédiens sont bons, mais dont aucun ne surnage ni ne plonge et où notre attention et notre sympathie vont autant aux plus connus – Michel Vuillermoz pour ne citer que lui – qu’aux plus discrets. N’était l’idée défendue par la mise en scène de faire ressortir l’humour du texte en partant de cette part d’oralité, d’improvisation dont font preuve des amateurs, qui serait plus juste encore et surtout moins démagogique si elle faisait appel pour jouer les amateurs de la pièce aux seuls comédiens de la troupe qui s’en rapprochent, à savoir les élèves. Car il semble qu’il ne soit rien de plus difficile pour un comédien professionnel de retrouver l’amateur qu’il fut.

 

SHAKESPEARE_God_but_not_immortal_Cartoon

 

Nous avons ri, beaucoup. Pourtant il y avait au final une déception qui n’était pas de la fine bouche. Nous avons ri jusqu’à la lassitude devant la répétition, chez tous les comédiens, du même effet comique de diction : la variation subite, dans la même phrase ou la même tirade, du ton, minorant par la raillerie la force poétique d’une métaphore ou par la platitude la force existentielle d’une déclaration. Desservant toujours le texte pour le surcharger par ailleurs de costumes, de mouvements d’acteurs, de comique d’action et de répétition. De telle sorte que bien souvent la parole ne semblait qu’un prétexte au baroque du jeu. La traduction choisie y est sans doute pour un peu – celle de François-Victor Hugo, dont il n’est pas difficile de deviner qui fut le père, est certes simple et limpide mais, de fait, plate et peu poétique ; or Shakespeare était poète et écrivait en vers. Yves Bonnefoy, qui le traduisit, disait ainsi que cette attention au vers [que la présente traduction rend mal] c’est aussi un regard sur la mise en scène. Car se recentrer sur le vers met l’accent sur ce qui se joue dans la parole, c’est demander une écoute, c’est préférer la scène nue ou presque à tout décor, et surtout, c’est se refuser à des gestes d’acteurs à l’appui du texte, à toute cette agitation d’hommes et de femmes courant à droite et à gauche sur la scène comme si souvent aujourd’hui. Et hurlant, parfois, quand ils devraient seulement parler. Je suis sûr que Shakespeare pensait ainsi, lui aussi. La scène du Globe était presque vide. Bien sûr, la remarque sur la parole s’appliquerait davantage aux tragédies du dramaturge mais la scène dépouillée de la salle Richelieu était partagée par un tumulte de personnages. Or, si cette frénésie donne d’abord une atmosphère vivace à la pièce, elle lasse à mesure que l’on se souvient que le mouvement n’est pas nécessairement la vie, que la vie peut être ailleurs. Pour Shakespeare, elle serait dans le texte, que malheureusement les vocalises du jeu ne permettent pas d’apprécier assez. Ce ne semble être aujourd’hui qu’une solution de facilité de ne pas monter Shakespeare autrement, qui en maquille le sens profond, primaire et nu. Il faudrait sortir Shakespeare du baroque où il est né.

 

 

Le songe d’une nuit d’été

De William Shakespeare

Mise en scène de Muriel Mayette-Holtz

Avec Martine Chevallier, Michel Vuillermoz, Julie Sicard, Christian Hecq, Stéphane Varupenne, Suliane Brahim, Jérémy Lopez, Adeline d’Hermy, Elliot Jenicot, Laurent Lafitte, Louis Arene, Benjamin Lavernhe, Pierre Hancisse, Sébastien Pouderoux et les élèves-comédiens.

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