Les Rois du Catch

Théâtre de Belleville

  • Date 15 et 16 mai à 20h au Théâtre de Verre / 23 et 24 mai à 20h au Centre d'Animation des Halles / 4, 5, 6 et 7 juin à 19h15 au Théâtre de Belleville

La compagnie L’Organisation donne au Centre d’Animation des Halles une version toute personnelle de ce que peut être un laboratoire de création d’une pièce de théâtre contemporain. Folie, gouroutisation, improvisation et catch.

 

Le ton de la soirée est donné dés l’entrée dans la salle. Nous sommes accueillis par de jeunes créatures lascives, qui nous lancent de chauds « bonsoir » et nous invitent à prendre place. Répétées tout au long du spectacle, ces salutations seront le gimmick d’une création qui n’en finit pas de commencer. En effet, à travers l’improvisation, qui est ici un prétexte, il nous est raconté la tension créatrice et sexuelle à laquelle est soumise la jeune troupe (fictive) sous la coupe de sa metteure en scène italienne.

 

Kitsch et catch

 

Tout ici est faux, et c’est là l’intérêt de la proposition. Si on peut douter, au début du spectacle, du sérieux de sa mise en oeuvre, il est clarifié par l’arrivée sur le plateau d’ « Adrien », acteur refoulé de la distribution « pour des raisons d’équilibre artistique ». Sa façon d’empoigner l’assistant de la metteure en scène par les bretelles et de le faire voltiger met tout le monde d’accord. Rien ne sera sérieux, tout sera faux et folie. À travers le masque kitsch et brutal d’un combat de catch, les actrices et les acteurs pourront déployer leur inventivité, leur enthousiasme, leur énergie.

La metteure en scène parle dans un italien de cuisine aisément compréhensible. Toutes ses paroles sont néanmoins traduites comme pour leur donner l’importance qu’elles n’ont pas. Une ambiance d’improvisation permanente se met en place. Des figures traversent le plateau, comme des Médée hystériques et entourées de guirlandes, avec des robes courtes, ou des drapés Mnouchkiniens. Du Shakespeare déclamé dépasse ses interprètes qui se mettent à croire à leur propre légende. Un sac vivant fait même son apparition dans un des moments les plus drôles de la soirée. Le récit qui nous est raconté est simple : les acteurs et les actrices rivalisent d’inventivité dans le but unique de plaire à la metteure en scène. Ils veulent lui arracher son approbation sous la forme d’un « Adoro ! » dont elle est prodigue.

 

(Beaux) nus hystériques et vrai faux théâtre

 

Cependant l’effet de cette surenchère n’est, à mon avis, pas complètement maitrisé. Si le masque du catch permet toutes les folies, et protège jusqu’au bout les interprètes, en revanche il provoque sur le plateau une hystérie qui paraît bien réelle, et les images y perdent un peu de leur portée.

Pour le dire autrement, le masque du catch annule dans le rire toute proposition théâtrale forte, qui se trouve ainsi cantonnée à l’image sans fond. Pourtant les trouvailles visuelles sont nombreuses et intéressantes : des corps mêlés dans la nudité grouillante et préhistorique, des insectes luminescents, des sacs en vie, des Médée de carnaval, tout cela si je faisais bientôt une mise en scène, je leur volerais bien volontiers.

On dirait que les interprètes hystérisent leur jeunesse et leur beauté comme pour s’excuser d’avoir encore une belle part d’avenir devant eux. Tout agit comme s’ils n’osaient pas se confronter à la force de leurs propres images.

 

La manifestation la plus évidente de ce paradoxe sont les moments d’érotisme. Ainsi l’apparition du personnage de la Mort, « petite coquine » (selon les mots de la fausse metteur en scène), et qui porte pour tout vêtement un masque sur le visage, s’apparente à une performance de new burlesque, strip-tease artistique à l’américaine. C’est un moment à la fois beau, érotique et drôle. Mais cette beauté, hystérisée par la mise en scène, ne peut pas être complètement reçue. Dans ce spectacle il y a quelque chose de la fausse pudeur : on se moque pour ne pas risquer de se prendre aux sérieux. C’est intelligemment ficelé, mais c’est tout de même un peu court.

Cependant, quelle que soit la réalité de l’engagement ou de l’avancée de la réflexion de cette jeune compagnie, on passe une bonne soirée, pleine d’énergie et d’idées à mûrir. La vie jaillit de cette proposition, indubitablement.

 

Mise en scène : Elodie Segui.

Assistant : Simon Oldani.

Création Lumière: James Serre.

 

Avec: Xavier Chevereau, Frédéric Combe, Loyse De Pury, Mathieu Dufourg, Hélène Marchand, Marilyne Lagrafeuil, Baptiste Raillard, Salomé Richez, Clara Schwartzenberg.

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