The Seed Carriers

Autres théâtres

  • Date Du 20 au 24 Mai, à la Nef Manufacture d'Utopies

 

 

Le crime répété du manipulateur : il fait jouer ses marionnettes, et les attrape et les démembre, elles terminent suspendues au sous-sol d’une maison obscure. Elles, pour se venger, ont peut être inventé une machine à couper la tête de celui et de ceux qui les brise-nt et leur enlève-nt chair et cœur. Depuis combien de temps sont-elles là, à venger leur mort ? Œil pour œil ; mort pour mort sera rendue, leur entreprise semble éternelle, sans commencement, sans fin. La scène est une fabrique de morts et d’images par celles qui habitent un rêve, après les rêves. Celui qui se souvient de ses rêves, c’est lui, qui fait apparaître, qui tue, qui tient le fil et coupe le fil.

Stephen Mottram fait un spectacle qui ouvre mille histoires à partir d’une seule : le crime. Le crime devient la loi d’une entreprise, d’un spectacle qui rappelle mille mondes,  obscurs, merveilleux, magiques, dont ses marionnettes sont les visions, les témoins, les victimes.

Il  y a cette possible histoire que je vous raconte et il y en a d’autres : l’homme-oiseau qui s’envole, par exemple, l’homme aux échasses qui s’enfonce dans un puits, deux hommes qui sautent ensemble, allez savoir pourquoi ?

 

Je demande à Stephen Mottram comment il en est arrivé à la marionnette, il répond que c’est un peu par hasard. D’abord il a fait des études en sciences politiques, avant de rencontrer en Russie la marionnette.

 

La pénombre et une musique qui s’accorde avec les mouvements de ces marionnettes d’hommes, d’insectes : une araignée arrive, repart, un homme saute, deux hommes ensuite, suspendus aux fils du manipulateur dont on aperçoit les jambes. Une succession, les hommes apparaissent auprès d’un géant et se font prendre au piège d’un filet de papillon.

 

Il parle surtout du mouvement des marionnettes, parce qu’ils sont limités, une marionnette est égale à une combinaison de mouvements. Stephen Mottram part d’un ou plusieurs mouvements qu’il répète, explore, et ce faisant il en découvre les histoires. Une fois qu’il a construit sa partition, il a une séquence, et passe à une autre marionnette, différemment articulée. La dramaturgie est difficile à construire, dit-il. Il associe son montage à une recherche basée sur le mouvement, à la danse surtout. Il ne pense pas à une histoire, il pense à des gestes que les marionnettes peuvent faire, aux  perceptions qu’elles donnent s’il change les gestes de direction. Il y a, dit-il, beaucoup de raisons pour une séquence, un mouvement : il ne les dira pas, elles n’ont pas plus raison que les nôtres.

 

Un autre personnage, alchimiste se penche sur sa canne à pêche, et remonte à la surface un paquet de corps. Il nous ouvre les portes d’un laboratoire, les petits hommes sont démembrés, vidés de leurs substance qui va être enfermée dans une petite boîte. Les jambes, bras, troncs sont déposés dans une panière.

 

Il travaille sur la vulnérabilité, mettre le spectateur en face d’images qui le touchent à des endroits que l’on n’a pas l’habitude d’appréhender. Il parle d’un deuil et d’une cruauté presque absente, ou pensai-je involontaire, c’est ce qui ne finit pas de surprendre.

 

Une marionnette pédale dans une cage suspendue, une autre marche à l’intérieur d’une roue, quelques minutes passent, la musique fait un autre décor : comme si les images que sont déjà ces marionnettes, hybrides, croisées homme-oiseau homme-coq, étaient projetées par notre imagination sur une toile musicale où  elles s’enfoncent plus loin encore, pour rejoindre la pénombre de la scène. Quelque chose d’un regard éveillé de rêveur.

Une petite trappe s’ouvre, la tête de notre alchimiste tombe dans un panier, non, pas une tête au moins quatre.

 

Allez faire la suite …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *