Tout un homme

Autres théâtres

  • Date 16 et 17 Mai à L'apostrophe Théâtre des Arts. Scène nationale de Cergy-Pontoise, Val d'Oise.

                                         tt un h

 

« Tout un homme » de Jean Paul Wenzel, avant d’être une pièce de théâtre, est d’abord une recherche commandée par la région de Lorraine dont les administrateurs s’aperçoivent qu’il n’y a aucune trace de l’immigration maghrébine, main d’œuvre minière recrutée dans les années 50. Le metteur en scène précise avant le spectacle : « Des polonais, des italiens, oui, mais pas de maghrébins, pas même sur les photos ».  Pour réparer cette absence deux chercheuses se lancent dans un projet de recherche, soutenue par l’université de Metz. Quelque temps après J.P Wenzel lit les travaux, puis se lance : rencontres des mineurs, écriture, spectacle.  Là où il n’y avait pas de traces, surgit – entre autres choses – un spectacle.

 

On entame la musique, Ahmed est en Algérie, il part en France. Sur le bateau, Nordine, l’ami. A l’horizon, un port, Marseille ou Alger ? Un billet pour Paris. Paris-Ivry ou Clignancourt un café, le Lutèce, le FLN, des armes. A Mantes-la-Jolie, une usine, Yoplait. Leïla, un  mariage, un appartement, une paie correcte. Des congés, des vacances, une cage dorée. Sortir de la cage : une graine de révolte. En Lorraine, une mort, des enfants, Leïla, deux fois mère, s’en occupe ; Ahmed mineur : un jour fuit, revient. Mineur un jour puis quinze ans. L’autre monde : le noir, la peur, le train, le casse-croûte, la solidarité, le racisme, une griffe sortie des regards,  l’amitié des hommes. Ils se lancent ici, au fond des couloirs creusés, au café, dans la rue : « Bonne remontée ! ». La retraite, la mort de sa femme, quarante jours de deuil, Nordine, une cousine, un nouveau mariage.

 

Saïd devant la poste. Devant la poste, une annonce. Sur l’annonce, du travail. Une convocation à Marrakech, convocation à Casablanca : des bêtes, puis des hommes. En France à Forbach, la mine, la mine et 40 dinars par jour, une chambre, un chauffage un groupe « Les Marocains », et les autres … Vacances. Mariage. Revendications, grève, syndicats, révolte : demande d’un statut égal à celui des mineurs français. Immigrés et ouvriers. Regroupement familial, séduire : tajine pour la femme du patron, carte postale du bled. Solitude de Fatima, la femme de Saïd. Des cours de français avec les autres femmes d’ouvriers : Non, pas de cours de français, solitude. Arrivée d’une voisine, une amie, la vie reprend. Les maisons sont ouvertes comme là-bas. Ici, les usines ferment. Saïd rentre. Son ami achète l’immeuble avec l’argent qu’il a envoyé à son père, gardé par celui-ci. L’immigré devient propriétaire. L’argent devient une barrière entre ceux qui restent et ceux qui restent et ceux qui re-partent : il n’y a pas ou plus un peuple d’immigrés. Pour Saïd, ce sera Marrakech, sa mère, la poterie comme un rêve enfanté du souvenir de son père. Plus de poterie, un riad, la mère ici. Pour la femme Fatima là bas/ici en France. Fatima et ses enfants : en droit, en journalisme, en redoublement, le bac en instance. Les enfants partent et se cherchent. Le fils entre deux pays, cherche des valeurs dans l’Ecriture. Saïd auprès du voile bleu de sa mère, assise, qui  garde le secret d’un rêve et de ses cendres, postée comme devant le mur d’une nouvelle histoire que les fils d’aujourd’hui en scène récitent.

 

Récits d’hommes et de leurs vies passées à la croisée des histoires : France, Algérie, Maroc, colonisation, guerre, racisme, monde ouvrier, monde immigré, monde intégré, finances, regroupement officiel, séparation officieuse, scolarité, mariage, argent, cultures, banlieues. « Tout un homme » retrace les chemins de vie d’hommes et de femmes, et des contradictions dont elles ont été porteuses. Ces vies qui sont toujours dans l’ici-ailleurs, porteuses et sources de méprises, d’instrumentalisation politique.

 

Le récit déplie le passé, pour nous amener devant la scène du présent, à voir les fruits éclatés de ces vies, à considérer à quelle-s histoire-s les lier. Une question importante est rappelée par la démarche de la cie Dorénavant : « Que s’est-il passé ? Comment cela s’est-il produit ? ». Leur théâtre utilise l’histoire comme une machine à traverser le réel,  sans juge, ni drame, ni procès. Venons-en aux faits …

« Quoi ? Qui ? Pourquoi ? Comment ? »

 

tout-un-homme_eric-didym_carrousel_04

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *