Fary

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  • Date Du 14 mai au 24 juin 2014. Les lundi et mardi à 21h15. Les Mercredi 21, 28 mai et 4, 11 juin à 21h15.

De et avec Fary.

Producteur : Jean-Marc Dumontet.

Théâtre : Le Point-Virgule.

 

Venue des banlieues françaises, une nouvelle génération d’humoristes voit le jour, favorisée notamment par l’action du Jamel Comedy Club. De jeunes gens talentueux, souvent avides d’une parole et d’une scène dont ils ont très longtemps été écartés. Mais la liberté d’expression n’est pas simple à manier et on assiste souvent, lors de ces seul-en-scène, à de véritables numéros d’acrobates. Après l’affaire Dieudonné, qui a vu nombre d’entre eux sommés de prendre position, il était intéressant d’aller faire un tour au Point Virgule, prendre un peu la température. Ici, il est question de Fary, un jeune humoriste qui propose une vision acerbe de ses contemporains.

 

Fary débarque, au son d’une musique de boîte de nuit, violente, assourdissante. Puis il coupe la musique et dit qu’il commence comme ça parce qu’on est dans le Marais, et qu’il faut s’adapter. Il est stylé, porte des vêtements « classe ». Tout de noir vêtu, Fary dit ce qu’il a envie de dire, avec un humour très acerbe, une méchanceté savamment calibrée. Il t’enfonce la lame de son humour quand tu ne t’y attends pas, il la retire parce que c’était pour rire, et quand tu te crois tranquille à cautériser ta plaie, il la replonge dans tes entrailles avec délices.

 

Il joue avec nous au chat et à la souris, sur un rythme enlevé, qui nous empêche de protester. On se retrouve embarqués dans nos pensées les moins glamour, et on pardonne parce qu’il y a une pirouette à la fin. Fary fait ressortir de vieilles peurs, quelques démons pas toujours drôles. Il flirte avec eux mais ne prétend pas les dominer et préfère décrire la terreur qu’ils inspirent. Parfois il se fait jeune vieux prof, d’autres fois dragueur à la chaîne (Cartier), sorcier toujours. Il joue avec les mots, en fait apparaître quelques uns, brûlants. Ce sont des mots devenus monstrueux, fantasmés, maléfiques, parce qu’on a justement voulu les cacher.

 

Cet humoriste est jeune encore, mais son projet tient la route (raide, de montagne). Je regrettais seulement qu’il n’aille pas plus loin dans les histoires qu’il racontait. Cette façon de nous laisser constamment au bord de l’abîme puis de nous retenir est très forte. Mais on sent parfois que lui-même a le vertige, que les sujets qu’il aborde n’ont pas encore le crédit que donne l’expérience. Il botte en touche sur des sujets dont il faut parler même si on n’a pas envie. Les mots sortent, les sujets brûlent, mais ils repartent aussitôt. Trop vite peut-être.

 

Heureusement Fary est très habile, il ne nous laissera pas repartir tranquillement. Il faudra qu’on repense à ce qu’on a vu. Il faudra même qu’on en pense quelque chose. Il appuie là où ça fait mal, et même si parfois il ne donne pas le change, on est forcé d’admettre qu’on a vu un spectacle très intéressant. Et c’est un bon début.

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