MISTERIOSO-119

Théâtre de la Tempête

  • Date Du 9 mai au 8 juin
Visuel 1 © Pascal Sautelet

Toute entrée du Dehors au Dedans est un viol. Le corps de la prison ressemble au corps de ces femmes criantes, incomprises et brutalisées dont la chair tend à reprendre quelque peu le contrôle de leur vie. Au-delà des règles de la citée, de la morale et du bien pensant, l’instinct de survie est le plus fort et le corps se révèle loup lorsqu’on le croyait machine ou simplement enveloppe.

 

 

Face à nous, un espace en demi cercle, structuré par une construction métallique où grillages et barreaux se croisent pour suggérer les passerelles des prisons panoptiques. Aucun angle mort dans cette scénographie où chaque espace est visible de toute part. Cour intérieure, couloirs, cellules et douches sont définis pas des volumes et par la froideur du métal ou du plastique. Même les lumières vont jusqu’à tatouer l’enfermement sur la peau des comédiennes. Tout comme le son, de ce fameux violoncelle, incessant et harassant.

 

Car elles sont six comédiennes sur le plateau, enfermées toutes dedans. Qu’elles soient meurtrières ou innocentes, détenues ou intervenante de théâtre, elles n’en sont pas moins au même point : toutes soumises au regard des autres, au regard de la mère supérieure alias « big brother is watching you » qui apparait comme une image fantomatique.

 

Aux premières lignes de ce regard se trouve évidemment leur corps de femme. Une silhouette, de la chair, un corps qui peut être touché, frappé, violé ou aimé. Elles le font bouger, se font plaisir, se font mal : elles le revendiquent comme le leur. Il est le premier objet qui leur permettent d’aimer, d’exister et par là de trouver ou retrouver une puissance de vie. La meute se défait pour les laisser parler tour à tour et livrer comme une plaie béante leur douleur de femme et leur acte instinctif de survie qui les a menées en prison. Non, elles n’ont pas été victime d’un acte de démence ce jour-là, au contraire, c’était de la clairvoyance : le jour où elles ont repris possessions de leur corps et où elles ont dit qui elles étaient.

La grande question sera alors de comprendre comment on se réapproprie ce corps. Koffi Kwahulé part en quête du corps brisé et démantelé que nous devons reconquérir. L’amour, le sexe, la danse et le crime sont des principes de réappropriation. La chair a faim de la chair.

La pièce met en scène un face à face inquiétant où l’horreur et l’amour sont confondus, où l’on détruit par l’amour, où on sacrifie sa vie aussi. Laurence Renn Pennel orchestre une ronde animale aux allures de traque et de transe incessante.  Comme un thème de jazz, le texte de Koffi Kwahulé nous revient de manière obsessionnelle par le chœur de femmes, par les sons étranges du saxophone dans une création musicale signée Frédéric Gastard. L’ensemble des comédiennes jouent avec des stéréotypes de personnage sans jamais l’enfermer dans un cliché. Karelle Prugnaud en particulier arrive à nous faire passer de l’épouvante, d’un Jack l’éventreur tout droit sorti de Lulu, à la fragilité enfantine en passant par le sacrifice mystique situé entre les Passions du Christ et le sacrifice de la vierge en mythologie antique.

 

Qu’il est difficile d’applaudir à la fin d’un spectacle qui vous a dérangé et qui vous a touché en passant par des points sensibles de vos tripes et dont les horreurs et les angoisses font échos à des instincts parfois tabous, lorsque nous désirons savourer l’amertume d’une émotion ambigüe.

 

 

Générique :

MISTERIOSO-119 de Koffi Kwahulé
mise en scène Laurence Renn Penel  (Editions Théâtrales)

avec

Jana Bittnerova
Maimouna Coulibaly
Gabrielle Jeru
Douce Mirabaud
Natacha Mircovich
Karelle Prugnaud

Frédéric Gastard, musicien/compositeur

scénographie Thierry Grand
son Lucie Laricq
lumières Pascal Sautelet
costumes Cidalia Da Costa

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