Festival Concordan(s)e #1

Maison de la Poésie

  • Date Du 6 mars au 8 avril 2014

Je vous souhaite un joyeux voyage à travers la danse et la littérature. Le voyage est là, il a été parcouru par deux artistes (un auteur et un chorégraphe) qui, avant cette collaboration artistique « imposée », ne se connaissaient pas et se découvrent là un peu à brûle-pourpoint. Ils ont quelques semaines pour donner naissance à un projet ou, appelons cela ainsi, une expérience. C’est du moins le postulat de base donné par le festival Concordan(s)e.

 

Le festival entre ici dans sa huitième année et est suivi par les éditions L’Oeil d’Or qui publie, chaque année, un livre d’archive des textes écrit pendant le festival. Ce dernier dure un mois et de ces rencontres inhabituelles pourront peut-être naître des voyages inattendus.

 

Dans ces formes chorégraphico-littéraires présentées au public par les duos d’artistes, on peut justement poser le problème du rapport au public. Il semblerait ici qu’on exploite plus l’idée d’une expérience artistique de l’ordre du privé que d’un travail abouti. Cela est-il suffisant pour un public ? Certes en tant qu’artiste, le geste est beau : c’est celui de la prise de risques ; il s’agit de faire un pas de côté et de déplacer les enjeux habituels de sa discipline artistique. Les deux artistes mélangent leur matériaux, interrogent leurs rituels et habitudes, pour les confronter à celles de l’autre, celui que l’on ne connait pas encore. Une démarche fondée sur le partage avec une nouvelle matière artistique, sur la surprise, mais qu’en est-il du don au public ? Il semble qu’il nous reste un certain goût d’inachevé qui ne répond pas aux attentes d’un public toujours plus exigeant.

 

Moïra Dalant

 

 

 

RENCONTRE MYRIAM GOURFINK – ERIC SUCHERE – 11.03 

 

On n’écrit pas avant l’art – c’est définitif. Arrivé au fond d’une excellente librairie près du Père Lachaise pour écouter Myriam Gourfink chorégraphe et Eric Suchère écrivain parler de leur collaboration, pour qui ne connaît ni l’un ni l’autre, j’ai l’impression d’être un tabouret, la pièce rapportée d’une réunion de famille d’amis et de quelques connaissants dont chaque bon mot faussement intellectuel est appuyé d’un regard pour la petite assistance hilare.

 

Déborder la danse du seul cadre des théâtres et la littérature de la librairie est pourtant une bonne idée ; unir ces deux disciplines pour quoi on parle bien chacune d’écriture est justifié. Et comme il est une vérité ramassée dans les rues qu’un agnostique parlerait mieux de la religion qu’un homme de foi, l’écrivain a parfois mieux à dire sur la danse qu’une danseuse aux mots maladroits qui ne soient pas de la cuisine. Et vice versa. Eric Suchère parle donc bien de la danse de Myriam Gourfink et transposerait idéalement l’insensible modification des gestes dans la modification des articles et conjonctions de ses phrases. Mais ils ne font que parler sur rien qui n’a encore été vu. Et discourir pendant une heure pour expliquer une œuvre qui n’est pas advenue, c’est se donner plus d’importance que son travail ; c’est surtout un long effet d’annonce dont on ne retient – comme, a minima, de chaque entretien avec un artiste inconnu pour peu qu’il soit foncièrement intéressant – que quelques références – là les carnets de Paul Valéry, la noise music et le yoga tibétain – qu’on éclairera plus tard comme des graines à picorer.

 

Il n’y a jamais vraiment de temps perdu. Mais je ne sais pas plus ce que font Eric Suchère et Myriam Gourfink qu’en entrant. Quoique, d’Eric Suchère nous aurons entendu, les bustes curieusement penchés pour tendre l’oreille et se fermer la vue, le texte qui, la semaine prochaine pour sa création, accompagnera la danse de Myriam Gourfink. En somme l’extrait mal dit d’un travail pensé pour de toutes autres conditions, un lot de consolation que la discussion appelait, un faux compromis qui, en toute rigueur, vaudrait compromission.

 

De ce texte on peut seulement juger ainsi. L’hermétisme est une espèce de fascisme – la simplicité populiste l’est tout autant – qui ne sert qu’à lester ce qui, sans lui, serait suffisant s’il est déjà profond et qui, s’il ne l’est pas, est inutile. Et pour le reste, tout comme écrire la critique d’une pièce avant d’être entré au théâtre ou expliquer un tableau avant de l’avoir regardé, toute parole sur l’art avant lui est forcément oiseuse. Mieux valait être ce petit garçon roux qui pour attendre lisait des livres d’images.

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