Macbeth: Leila and Ben- A bloody history

Le Tarmac

  • Date du 28 janvier au 7 février 2014
  • mise en scène: Lofti Achour
  • adaptation: Lofti Achour, Anissa Daoud, Jawhar Basti
  • direction musicale et chanson: Jawhar Basti
  • Avec: Moncef Ajengui, Jawhar Basti, Anissa Daoud, Noomen Hamda, Riadh Larousse, Mariem Sayeh, Walid Soltan
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« Quand une situation est au pire, il faut qu’elle cesse ou qu’elle se relève. » Shakespeare

 

 

Macbeth prétexte à l’Histoire.

 

Ce qu’il y a de définitivement troublant dans les œuvres de Shakespeare, c’est la force de leur écho qui rayonne de siècles en siècles. Que Macbeth et sa Lady deviennent l’ancien couple gouvernant de la Tunisie n’a rien d’abracadabrant, et nous nous y retrouvons même plutôt bien. Cinq siècles nous séparent de ce visage faux qui doit cacher ce que sait un cœur faux.

Et pourtant, sous leurs masques, armés de leurs marionnettes quasiment humaines, et dans la semi obscurité du plateau, les comédiens de Lofti Achour laissent émerger les troubles, les visages à double tranchant de la trahison. Écartant les prédictions originelles des sorcières qui élèvent Macbeth au rang de criminel officieux, le metteur en scène et ses acolytes partent des faits politiques de leur pays, pour nous re-raconter l’histoire officielle :

 

Mczine aime Leila qui aime le pouvoir plus que son peuple, plus que son pays, plus que son ventre de mère. Leila est la grande dévoreuse des ambitions de la Tunisie et Ben Ali McZine est ici ce pauvre acteur qui se trémousse et se pavane une heure en scène, et que l’on cesse d’entendre.

Le couple est campé en archétypes ubuesques et provocants. Leila, sensuelle et sans vergogne et  McZine (d’abord à la botte du pouvoir et puis traînant rapidement des pieds en robe de chambre) se déchirent, tandis que dehors le peuple crie.

Il y a la ronde des Ministres, il y a le fou bien moins fou que tous les fous qui l’entourent. Il y a le poids du destin, des décisions que l’on prend, des mains qui trempent dans le sang.

Shakespeare est ici le canevas, la pierre angulaire et la métaphore : Entre les ambitions fictives d’un Macbeth de papier et le prix des désirs du couple Ben Ali, il est une voix, une sorte de réminiscence qui pose la question : « Comment en sommes nous arrivés là ? Comment l’ambition dévorante réussi à faire basculer une nation ? »

 

Lofti Achtour nous parle d’un couple qui a voulu le pouvoir pour arriver à ses fins sans se donner les moyens d’une réussite auprès du peuple. Macbeth devient alors une étude de cas, et à grand renfort de documentaires, la tragédie file son heure de révolution et puis d’oppression.

 

On y entend de beaux témoignages de colère, d’amertume et d’incertitude.

Il y a des voix, beaucoup de voix et de visages projetés sur écran (Peut-être trop ?).

Il y a des partis pris qui nous éloignent un temps du pacte dramaturgique et nous renvoie à un débat politique qui entre en friction avec la fiction et amenuise le rythme enlevé de la pièce.

 

Et puis il y a cette voix magnifique et déchirante. Ces chants populaires qui nous saisissent le cœur et nous ramènent à la conscience que de l’autre côté de la Méditerranée l’Histoire s’écrit avec du sang.

 

Spectacle abrasif, intelligent et poétique, on ne sort pas indifférent de la salle :

Lorsque l’art est une arme, il faut se donner les moyens de sa révolte et pour le collectif A.P.A, c’est un pari gagné.

 

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