Le Canard sauvage

Théâtre National de la Colline

  • Date Du 10 janvier au 15 février 2014

La mise en scène du Canard sauvage par Stéphane Braunschweig au Théâtre de la Colline, porte les fruits de ses travaux précédents tels que Une maison de poupée, Rosmesholm ou encore Six personnes en quête d’auteur présenté à la saison dernière.

Le drame d’Ibsen est particulièrement efficace autant dans sa construction et son suspense que dans le fond de ce qu’il nous raconte. Il nous tient en haleine, il nous explique, il suggère, aucun niveau de notre perception ne se sentira lésé. L’histoire nous emporte et nous convainc presque à aller donner une claque à certains personnages et à courir pour en sauver d’autres.

 

Le Canard sauvage est comme une réécriture d’Antigone, où l’héroïne sacrifierait les autres plutôt qu’elle même au nom de son idéal. Comme elle, le personnage principal d’Ibsen n’hésite pas à aller jusqu’au bout de son processus, niant la réalité du bonheur humain et n’écoutant que son fanatisme de la vérité et de l’honnêteté. Tiens, d’Antigone, nous sommes passés à Oedipe.

 

La mise en scène et la performance de Claude Duparfait construisent pourtant un personnage bien complexe. Est-il plutôt du côté de ce que nous appellerions le bien le mal ? Quelles sont ses motivations ? Le spectacle fait varier les interprétations possibles avec finesse pour nous inviter à regarder au fond du cœur du personnage à la lumière de son histoire ainsi que de celle de la génération précédente. De l’ami dévoué, il passe à l’enfant meurtri, possédé par la jalousie, aveuglé par les mots d’une mère morte. Au fur à mesure que l’action suit son cours, le spectateur varie de position, prend de la distance par rapport à la narration puis se replonge dans les événements du drame.

 

La scénographie crée la pièce principale d’une maison tout en bois et symbolise ainsi la déchéance du grand-père, ruiné pour avoir abattu une forêt illégalement. Bois mort et bois vivant se font face lorsque le mur frontal s’ouvre et offre à nos regards une forêt  fantasmée et emprisonnée dans un grenier.

 

Ce spectacle nous rappelle que l’opposition catégorique du blanc et du noir est souvent difficile et trompeuse. La vie et le bonheur apparaissent dans des nuances de gris, où la perfection n’existe pas, où peut-être n’est-elle pas souhaitable non plus.

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