SStockholm

La Loge

  • Date Du 7 au 10 janvier
  • Mise en scène Collectif Denysiak
  • Texte Solenn Denis
  • Collaboration artistique Laurent Laffargue
  • Avec Erwan Daouphars, Faustine Tournan et Solenn Denis
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Sstockholm, pièce de la toute jeune dramaturge Solenn Denis, prend appui sur le syndrôme qui amène les victimes à prendre fait et cause pour leurs bourreaux. Puis elle dépasse ce thème pour raconter la violence qui gît possiblement en toute relation humaine. La mise en scène était présentée à la Loge dans une forme « encore in progress ». L’occasion pour les spectateurs de découvrir à la fois l’écriture, poignante et efficace, et le travail d’une toute jeune compagnie, le Collectif Denysiak.

 

C’est à une découverte teintée d’appréhension que j’étais invité hier soir. En effet il y a toujours un peu d’inquiétude quand on voit la première représentation d’une écriture nouvelle : on assiste à une naissance, on a envie que ça se passe bien. La difficulté était encore augmentée par le fait qu’on assistait à la présentation d’un travail en cours : la création aura lieu au Glob Théâtre de Bordeaux le 4 mars prochain.

Mais le moins que l’on puisse dire, c’est que la naissance s’est très bien passée : nous avons un beau bébé théâtral parmi nous.

 

La pièce met face-à-face une toute jeune femme à son kidnappeur. La discussion d’amour-haine, les tentatives de séduction, les rôles que se donnent chacun des personnages dans ce jeu pervers, emmènent les spectateurs dans un spectacle âpre et dérangeant.

L’écriture de Solenn Denis est simple et belle. Elle cerne, en cercles concentriques, obsessionnels, le face-à-face des deux personnages. Faustine Tournan, en enfant éternelle, est émouvante et gênante à souhait. Erwan Daouphars habille sa violence de tendresse bonhomme, ce qui la rend d’autant plus choquante. Durant toute la représentation, le public était plongé dans cette syncope volontaire, cette tactique d’enfant qui consiste à se faire tout petit pour éviter la gifle.

 

Pour cette nouvelle écriture, l’équipe artistique a choisi un pari radical : dire simplement le texte, vivre complètement les enjeux, avec le calme nécessaire au récit d’une telle violence.

La lumière se divise en deux propositions : une lumière chaude comme une ampoule de cuisine pour le face-à-face entre les protagonistes, une nuit blanche au néon pour les moments de solitude de la jeune femme. On passe ainsi constamment d’un faux jour à une nuit blanche, en oppression permanente.

La scénographie nous assoit tout près de la table de la salle à manger, dans une proximité qui ne nous laissera jamais nous échapper de l’action dramatique. L’effet est simple et immédiat : nous ne sommes jamais en positions de juges, nous sommes obligés de tout regarder, de tout vivre à travers les personnages.

Grâce à cette proximité, la mise en scène nous met face à nos peurs et à nos pulsions. Et nous pouvons, collectivement, dépasser le thème du syndrome de Stockholm pour l’élargir à la violence de toute relation humaine, qu’elle soit amicale, familiale, amoureuse…

 

Le seul bémol que je pourrais formuler, mais il est bien minime au regard de la réussite de la mise en scène, est la relative imprécision dramaturgique des monologues de la jeune fille. S’adresse-t-elle à elle-même ? Tient-elle entre ses mains son nom de jeune fille kidnappée comme un mantra, comme une poupée rassurante ? Quel lien peut-on faire entre ces monologues et l’impossibilité pour le bourreau de les entendre ? À ce stade de leur recherche, la question n’est pas complètement résolue. Nul doute qu’elle le sera bientôt, tant l’engagement de l’équipe artistique est fort, sincère, entier.

 

On souhaite à Solenn Denis et à cette nouvelle génération d’auteurs d’atteindre le rayonnement qu’elle mérite. Car si les choses ont bien changé dans l’écriture théâtrale francophone depuis le coup de pied originel de Koltès, en revanche elle souffre toujours d’idées reçues et d’un manque cruel de visibilité. Merci au Collectif Denysiak de s’engager dans cette bataille courageuse.

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