El pasado es un animal grotesco

Théâtre National de la Colline

  • Date Du 4 au 8 Décembre 2013

« “The past is a grotesque animal
And in its eyes you see
How completely wrong you can be”

 

Où serons-nous dans dix ans ? Que serons-nous devenus ? A quel point nos actes même les plus anodins déterminent notre vie future ? En nous présentant un échantillon d’humanité, Mariano Pensotti questionne le temps qui passe, questionne la vie, sa complexité et son absurdité.

 

« L’idée de l’avenir est plus féconde que l’avenir lui-même » Bergson

 

Quatre comédiens passent sous nos yeux amusés, de la vingtaine à la trentaine. De cet âge où l’on cesse de rêver à celui que l’on pourrait être, pour se faire rattraper par celui que l’on est vraiment.

 

Dix ans s’écoulent, dans une Argentine précaire qui leur fait croire que leur vie le sera aussi. Alors ils aspirent à prendre leur destin en mains, rêvent de devenir quelqu’un d’autre, se laissent fasciner par les stars de cinéma, et succombent à l’envie d’autres horizons.

Ils veulent croquer la vie, mais c’est la vie qui les avale.

Quatre comédiens interprètent ainsi une douzaine de personnages, avec leurs rêves, leurs désenchantements, leurs névroses et leur combats intérieurs. On se sent alors moins seuls face aux nôtres, et on se laisse emporter avec compassion et dérision dans cette danse en dix temps.

 

Dix ans, condensés sur deux heures, dans une mise en scène ingénieuse. Les comédiens évoluent dans un grand manège de bois, compartimenté en quatre. Quatre espaces ouverts, quatre espaces de vie, qui se métamorphosent au fil du temps. Le manège tourne pendant deux heures, seuls les applaudissements finaux l’arrêteront. On n’arrête pas le temps qui passe.

 

C’est sous forme de récits que le temps s’écoule ici. Les scènes de vie qui se déroulent sous nos yeux, nous sont commentées par une voix off. Tantôt extérieure et omnisciente, tantôt pensées intimes des personnages, la narration, variée, rythme la pièce qui échappe ainsi à une certaine redondance du mécanisme.

Ce n’est pas nouveau au théâtre, mais c’est ici avec beaucoup de fraicheur et d’habileté que Mariano Pensotti questionne la relation entre réalité et fiction : nous sommes tous faits de récits, l’auteur s’en amuse ici avec beaucoup de tendresse. Les faits s’accumulent et avec le fil de la vie nous les tissons entre eux pour leur donner du sens et une continuité. Les fantasmer et les assembler, pour mieux se les approprier et se les raconter.

 

De cette narration découle une certaine distanciation qui fait de nous des spectateurs amusés plutôt que des voyeurs avérés. L’effet est décuplé dans la grande salle da la Colline où les personnages, en contrebas, ressemblent à des miniatures dans une maison de poupée, comme manipulés par l’enfant facétieux qui ne serait ici personne d’autre que le destin.

 

Plutôt que de nous donner le tournis, le manège nous emporte avec lui.

C’est avec le sourire que l’on sort du spectacle, mieux disposer à affronter les coups de théâtre du quotidien. Tâchons de garder cet état d’esprit !

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