Othello (bye bye)

Théâtre de la Bastille

  • Date Du 15 au 19 octobre
  • Auteur William Shakespeare
  • Collectif Dood Paard
  • Avec Kuno Bakker, Gillis Biesheuvel, Julian Maiwald
othello

Bye Bye Othello, dans ta forme classique et intégrale, ce qui nous intéresse ici est avant un propos sur notre théâtre d’aujourd’hui comme élément de notre société et la relation très forte de ce monde avec les grandes figures Shakespeariennes, dont l’ombre continue de planer au-dessus de notre contemporanéité. Le collectif  DOOD PAARD travaille avec le texte de Shakespeare dans une main et la presse actuelle dans l’autre pour donner lieu à une joyeuse « turbulence » théâtrale.

 

 

Sur le plateau du théâtre de la Bastille trône en son centre une petite scène de tréteaux construite dans un patchwork de bois. Au milieu de la salle, elle semble n’être qu’un pauvre radeau que nous verrons se décomposer tout au long de la représentation. Les différentes couleurs du bois rappellent la diversité des axes par lesquels cette mise en scène s’attaque à la pièce de Shakespeare, comme la capacité de récupération de notre théâtre contemporain.

 

Un homme entre en scène et installe un vidéo projecteur, pour nous raconter en arabe la découverte sanglante d’un corps de femme sans vie dans une chambre d’hôtel. En guise de surtitres, des transparents défilent sur le rétro projecteur et nous offre un nouveau découpage des phrases. Lui, c’est le comédien stagiaire, improvisé techniciens en régie. Il reste là, ce n’est pas lui qui va créer pourtant sans sa présence rien ne semble possible. Il est là, il attend.

 

Sur les tréteaux, deux comédiens prennent place et se disputent le rôle principal. Ensemble ils mettent en scène leur histoire d’Othello. Ils gesticulent, sortent leurs accessoires, exagèrent leur mimiques pour s’approprier les personnages qu’ils ont choisis. Ils se revendiquent comédiens et non incarnations du personnage, le quatrième mur n’existe pas, ici nous jouons une histoire pour notre bon plaisir d’acteurs et pour vous spectateurs. La représentation parle du théâtre, du travail de construction, de répétitions, des erreurs des comédiens et au milieu du texte de Shakespeare jaillissent les mots des acteurs en plein travail. La tragédie d’Othello se lie à un jeu farcesque, où les comédiens se disputent ou tentent de tenir en équilibre sur leur planches branlantes. Le jeu donne à rire sur le personnage d’Othello comme sur Desdemone. Et pourtant…

 

La gravité et l’émotion étreignante ne sont pas absentes. Nous connaissons les personnages de la pièce de Shakespeare, nous avons déjà été touchés par cette histoire d’amour et de jalousie, ce crime passionnel injuste. DOOD PAARD nous donne à voir un nouvel Othello. Celui-ci n’est pas animé par l’amour d’une femme, mais éventuellement celui du théâtre. Il souhaite un rôle, une place dans le système. Cet homme est d’origine étrangère, victime de xénophobie et contraint à n’avoir que le mauvais rôle lorsqu’on lui annonce une faveur. Vous avez deviné ? Le crime est là.

 

 

L’analogie est un peu évidente mais elle fonctionne et nous sortons de la salle remplis des passions shakespeariennes mais bien conscients que les enjeux de tout cela ne relèvent pas de la fiction mais de notre vie aujourd’hui.

 

A lire Entretient avec Kuno Bakker

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