Le triomphe de l’amour

Théâtre Gérard Philipe

  • Date Du 30 septembre au 20 octobre 2013

 

Une princesse amoureuse se travestit en homme pour pénétrer plus facilement dans la demeure de l’élu de son cœur et gagner son amitié (et déjà son amour ?) avant de lui révéler son véritable sexe. Deux chiens de gardes s’opposent en effet à cette rencontre avec l’être aimé : un philosophe à la droiture a priori inflexible, et sa sœur, une vieille fille aigrie. Quel mélange cela donne-t-il ? Une véritable confusion des sexes et des sentiments.

 

Le ressort de la pièce, c’est donc ce trouble que Léonide provoque, sous son déguisement d’homme,  chez tous ceux qu’elle croise. Dans la mise en scène de Galin Stoev, le spectateur n’est pas épargné par ce charme douteux : Nicolas Maury qui incarne Léonide travestie en homme ajoute un troisième degré à notre confusion. La séduction opère sur tous. A l’inverse, Airy Routier est parfait dans le rôle de la sœur rigide, aussi peu féminine que possible, mais dont la chrysalide se transformera sur le tard en vaniteux papillon défraîchi. Bien sûr, c’est admirablement drôle, et cruel. La princesse n’a que faire des revirements sentimentaux du frère et de la sœur qui ouvrent pour la première fois leur âme. L’emprise qu’elle a sur eux n’est qu’un moyen plus sûr pour parvenir à ses fins.

Derrière cette machinerie sentimentale, c’est en fait une application du pouvoir de la princesse sur ses sujets qui nous est donnée à voir. Nicolas Maury incarne une véritable diva. Son jeu nous laisse entendre que la princesse aurait aussi bien pu exiger directement une union avec le jeune homme qu’elle convoite. La mise en scène de son travestissement n’est qu’un caprice qui coûte cher aux personnages abusés. Lorsque Léonide finit par découvrir son identité de princesse, elle revêt sa couronne qui éblouit les visages de ses sujets comme une boule à facette : grandeur, admiration, amour… s’élèvent sur du toc.

Le décor dans lequel évoluent les acteurs rejoint cet effet de toc malgré un aspect à première vue réaliste. Une immense bibliothèque remplie de vieux ouvrages tient le rôle d’une forêt labyrinthique qui facilite les dissimulations et les faux-semblants. Un vrai terrain de jeu pour nos personnages. Le savoir que les livres contiennent, en revanche, et à l’image du philosophe Hermocrate, ne sont d’aucune protection contre la séduction et les ruses de l’amour.

 

La mise en scène de Galin Stoev est assurément d’une grande efficacité, elle relève toute la cruauté des duperies sentimentales en se gardant bien de laisser éclater le rire.

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