Joseph

Autres théâtres

  • Date 28 septembre 2013

Samedi 28 septembre 2013, le Souffleur était à la MAC de Créteil pour les « Plateaux de la Briqueterie », un festival de petites et moyennes formes dédié à la création chorégraphique contemporaine, organisé sur deux jours à la Briqueterie, au Théâtre Jean Vilar et à la MAC de Créteil.

 

Parmi les œuvres présentées à la MAC, deux nous ont particulièrement emballées : Sweat Baby Sweat du jeune belge Jan Martens (la critique par ici) et Joseph de l’Italien Alessandro Sciarroni, dont voici la critique !

 

Alessandro Sciarroni est un artiste à part dans le paysage chorégraphique contemporain. Issu d’une formation en théâtre et arts visuels, c’est plus tard (et un peu par hasard) qu’il se dirige vers la danse. Son travail chorégraphique témoigne ainsi d’un réel souci dramaturgique et se situe à mi-chemin entre la danse, la performance et les arts visuels.

 

Dans Joseph, un homme seul en scène, tue le temps en jouant avec sa webcam. La situation est banale : Joseph choisit un morceau de musique sur ITunes et improvise quelques pas de danse sous l’œil captif de sa webcam. Le solo se transforme en un duo insolite entre Joseph et son double pixélisé dont l’image est projetée sur un immense écran en arrière-plan du plateau. Le jeune homme interrompt les morceaux avant leur fin et d’une musique à l’autre, expérimente les divers effets vidéo de son logiciel de webcam. Une succession de visions baroques nous entraine alors dans une fulgurance d’univers visuels, comme autant de mondes parallèles disponibles à l’imagination. On est captivé par la beauté et l’étrangeté des images – tantôt dédoublées par un effet de symétrie axiale, tantôt bizarrement distordues – et dont les visions chimériques se partagent entre la drôlerie et la terreur.

 

Le solo narcissique – ou duo tautologique – entre Joseph et son double prend fin avec le surgissement d’autrui dans l’univers de solitudes en réseau du jeune homme. Et c’est encore sous forme d’avatar que celui-ci apparaît. Joseph jette un coup d’œil sur sa boîte mail et fait un tour sur Facebook où une vidéo postée par l’un de ses amis lui arrache un petit rire poussif. Puis, sur Chatroulette, il lance la fameuse « roulette à tchat » du site de discussion en ligne plus célèbre pour son défilé de pénis en érection que pour la profondeur des débats qui y sont engagés. La dimension d’imprévue qui domine alors la performance créé un horizon d’attentes et de surprises proprement jubilatoires. Ce jour-là, après une succession de rencontres aléatoires et infructueuses avec des hommes surpris en pleine séance de masturbation et visiblement peu intéressés par la perspective d’une discussion avec Joseph, ce dernier parviendra finalement à capter l’attention d’un trio de jeunes Américains hilares à qui il propose d’interpréter pour eux une danse. Ces derniers acceptent et assistent à grands éclats de rire à la petite performance chorégraphique de ce Barbu à lunettes, revêtu pour l’occasion d’un costume de Batman.

 

Ainsi, à travers les distractions hasardeuses de Joseph, la pièce interroge avec humour les délinéaments de notre rapport à soi et à autrui. On y découvre un univers de retranchement en ligne, dans lequel les interactions avec autrui, tout comme le rapport de soi à soi, passent de plus en plus par la médiation d’une interface numérique. Alessandro Sciarroni, bien que chorégraphe et non danseur, y est d’une grâce subtile et émouvante. C’est drôle et mélancolique à la fois. C’est surtout plein de finesse, sans prétention et extrêmement bien conçu. A découvrir absolument !

 

Pour en savoir plus sur Alessandro Sciarroni : http://www.alessandrosciarroni.it/

 

Ci-dessous, la vidéo de FOLK-S will you still love me tomorrow?

(pièce présentée aux Rencontres chorégraphiques 2013, à la MC93)

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *