Anarchie en Bavière/ Liberté à Brême

Théâtre de la Bastille

  • Date 18/ 09 au 13/10

 

MODE D’EMPLOI :

 

On commence à zéro ou presque :  plateau nu, comédiens alignés.

Anarchie en Bavière :  un narrateur, metteur en scène donne les indications scéniques aux comédiens au fur et à mesure des actions. Les comédiens appliquent à la lettre la didascalie, assurant la transition entre les actions. Cette relance constante de la tension dramatique assurée par les comédiens est minutieusement construite, au détail près. Dramaturgie de l’acte un point c’est tout. Nous, spectateurs sommes tenus auprès de chaque geste qui signe une action. Chaque intervention assume le jeu de sa construction et la pièce n’en est que plus drôle, conséquente également pour nous. L’espace d’un regard est laissé au spectateur comme témoin et expérimentateur.

 

ENSUITE QU’EST-CE QU’ON FAIT ?

 

Premièrement, on fera la révolution avec son lot de lynchages, décrets qui mettent en place une anarchie,  à laquelle s’opposeront les habitants de la ville. La vie qu’ils menaient jusque là ne fera soudain plus sens du tout. Déclin progressif des valeurs.  Preuve en seront, les crises qui suivent habituellement chaque décret : la mère qui a interdit à sa fille d’emprunter la voiture depuis un accident, se trouvera dans l’obligation de la céder à quiconque le lui demande. Quel sera en ce sens la valeur de la possession et plus encore de la sanction, donc de l’autorité ? La femme n’étant plus tenue de se vouer à son mari qui travaille le même nombre d’heures qu’elle : le type d’amour genre dévotion de la mère au foyer ne tient plus. « Moi c’est moi et toi c’est toi » lui lancera t-elle. Quel amour à donner, sur quels critères faire jouer son désir, alors ? Ceux d’une culture d’un soi pris dans l’action quotidienne qui devient le double du combat politique, au sens strict du rôle qu’on s’y donne. Le renversement du régime politique qui assurait jusque là les espaces des uns et des autres nous permet d’expérimenter le flottement des rôles et des conditions de leur conquête au temps du spectacle. Les comédiens partagent en ce sens la condition des personnage qu’ils interprètent, la scénographie pousse à cette confusion. En effet rien n’asseoit, ni ne fige les rôles interprétés par plusieurs comédiens, avec peu d’accessoires. C’est l’engagement du comédien qui donne sa mesure au personnage qui s’invente en scène. Ce sont des configurations nouvelles dont nous sommes témoins. Tout y passe, le plus admis comme le plus dérangeant. Le trouble des rôles, sera celui de notre regard : la dernière scène en sera la preuve : récit d’un viol par la plus simple parole d’un pédophile. Pour ou Contre ? Oui ET Non : L’interrogation est laissée, ouverte. La réponse qui s’y engouffre est la pièce suivante.

 

Liberté à Brême. Une femme vit avec son mari qui contrôle leur petite entreprise et ne supporte rien, surtout pas les chants des gosses, surtout pas que sa femme lui serve à autre chose qu’à dépenser en toute tranquillité sa libido. Il ne faut pas trop s’en faire : il mourra en cours de route et avec lui chacun des maris qu’elle tentera de reprendre, et s’appliquera à empoisonner. Les morts ne sont pas celles répertoriées dans l’onglet des glorieuses mais bien triviales et par là même salvatrices. Moins pour la jeune femme que pour nous autres spectateurs, qui expérimentons en douceur un impossible jonglage entre compassion, moquerie et condamnation. Ces attitudes ouvrent le champ de notre exploration : Pour ou Contre ? On ne sait toujours pas, seulement nous assistons à quelque chose qui offre à notre jugement la perception en un sens de sa limite. Nous tenons ensemble, les meurtres commis ainsi que son combat pour la liberté. Coupable ou non-coupable ?

 

LA N’EST PAS LA QUESTION :

 

A y regarder de plus près, les deux pièces se concluent dans des sens opposés : d’abord le pédophile n’est pas condamné, il témoigne devant le peuple sans rhétorique ; de l’autre la mère qui se rend, une fois démasquée, bonne pieuse ou folle  à liée ? Pourquoi se rendre et ne pas négocier ce qu’elle s’emploie à faire tout au long de son parcours ? Personnage raté ? Incapable de tenir son ambition ? Où sont nos héros ? Idéologiques/ Romantiques et Révolutionnaires ?

 

Il N’Y AURA PERSONNE

 

Non il n’y aura personne pour jouer les redresseurs de torts et les illuminés de la prochaine génération ou du changement. Personne pour nous guider, mais heureusement une attitude nouvelle. A défaut de répondre aux questions, laisser venir toutes celles qui entrent en ligne de compte au présent de la vie quotidienne et politique. En effet l’intrication de la vie individuelle et publique se fait dans les deux pièces par le désir. Transformé par les conditions qui le mettent en jeu, lui donne à boire et à manger, il est redéployé dans tous les espaces, devient un élément perturbateur cherchant à se glisser au point de rencontre d’une force (idée, principes, mode) qui le faisait taire. Ainsi des meurtres en série, et du récit du pédophile. C’est ce regard que construit une dramaturgie où chaque détail agit et se renverse sur scène : les décors sont utilisés dans des contextes opposés, traités différemment.

 

REVOLUTION

 

D’une scène à l’autre on expérimente un changement de ton qui donne un sens de lecture tout autre à la situation jouée. Le sens général de la pièce comme on dit parfois, passe du côté de la construction de l’action, c’est avant tout une jouissance de voir le sens jamais inscrit et de rire du temps de la contrafaçon assumée, revendiquée comme carburant, moteur d’un type d’actes révolutionnaires.

 

FOU !

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