Anna

  • Date Du 5 septembre au 6 octobre

« Y’a pas de textes ! » rouspétait une spectatrice à l’issue de l’une des représentations de Anna. Du texte, dit et parlé, c’est vrai, il y en a peu à entendre dans ce spectacle ni tout à fait théâtral, ni tout à fait musical et dont l’intrigue se résume à une seule et unique phrase : Serge tombe fou amoureux d’une femme seulement aperçue en photo, qu’il s’obstine à retrouver dans Paris, sans s’apercevoir que cette beauté fantasmée travaille dans son agence de publicité.

 

On ne pourra reprocher à Emmanuel Daumas de ne pas avoir étoffé les dialogues originaux du téléfilm Anna dont ce spectacle est l’adaptation et dans lequel gravitaient, autour d’Anna Karina, Jean-Claude Brialy et Serge Gainsbourg. C’est d’ailleurs à ce dernier que l’on doit les paroles et musiques de Anna, savoureuses et truculentes, souvent osées (« une bonne partie de base-ball »…), parfois devenues des classiques de la chanson pop (Sous le soleil exactement). Si les nouvelles instrumentations jouées en live manquent souvent de fluidité et d’originalité (n’est pas Gainsbourg qui veut…), la folle fougue des comédiens et surtout comédiennes enthousiasme, que ce soit les drôles de sorties des personnages loufoques de Marie-Anne et Anne-Marie ou de Cécile de France, remarquable en nouvelle Anna Karina. On la savait douée au cinéma, la voilà aujourd’hui épatante dans sa capacité à troquer sa tenue d’icône glamour contre celle d’une jeune provinciale, vraie-fausse naïve, poussant avec sensibilité la chansonnette.

 

Cette belle énergie ne saurait néanmoins masquer les longueurs qui écument trop souvent le spectacle et son rythme monocorde – une chanson suivie d’un peu de texte puis d’une chanson etc.. Pourtant, Emmanuel Daumas regorge d’idée pour matérialiser sur scène la frénésie d’une ville capitale où tout se bouscule, comme ce choix de laisser les comédiens déplacer eux-mêmes les décors. Las, fini le Paris en fête de Hemingway, fini le Paris d’Anna en plein bouillonnement sexuel : aujourd’hui, même des animations pop somme toute ringardes et un rodéo en voiture de carton dans Paris ne suffisent à ôter à la capitale son étiquette sage, trop sage, morne et lisse. Seule cette bande d’artistes potes semble s’amuser sur le plateau, quitte à souvent laisser le spectateur sur le pavé.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *