Under Pressure / Affabulazione / Fragments d’été | Le Souffleur

Under Pressure / Affabulazione / Fragments d’été

Théâtre de Vanves

  • Date Du 1er au 6 juillet
  • Fragments d'été une proposition du Théâtre de Vanves / Mains d'oeuvre / La Loge
  • avec Under pressure (titre provisoire) du groupe ACM, Affabulazione de Lucas Bonnifait / Club de la vie inimitable, à partir du texte de Pier Paolo Pasolini ; La venue des esprits de Laurent Bazin / Cie Mesden, Cigüe de Eric Arnal Burtschy / BC Pertendo ; Alibi de Lorenza Dozio, Je brûle de Marie Payen
groupe ACM

« Fragments d’été, formes théâtrales en construction » est une proposition du Théâtre de Vanves, de Mains d’œuvre et La Loge. Le public est invité à assister à la présentation de maquettes – une étape de travail des créations qui seront présentées durant la saison prochaine, avec toute la fragilité et le questionnement artistique que l’exercice implique.

Au Théâtre de Vanves, les 1er et 2 juillet :

Under pressure (titre provisoire), groupe ACM

Affabulazione, Club de la vie inimitable, à partir du texte de Pier Paolo Pasolini

À Mains d’œuvres, les 3 et 4 juillet :

La venue des esprits, Laurent Bazin / Cie Mesden

Cigüe, Eric Arnal Burtschy / BC Pertendo

À La Loge, les 5 et 6 juillet :

Alibi, Lorenza Dozio

Je brûle, Marie Payen

 

Le soir du lancement de l’événement Fragments d’été, le 1er juillet au Théâtre de Vanves, deux créations étaient présentées : Under pressure (titre provisoire) du groupe ACM et Affabulazione (d’après Pasolini) du Club de la vie inimitable. Deux propositions très différentes qui offrent une vision très engageante de la jeune création théâtrale.

 

Under pressure (titre provisoire), De et avec Hélène François et Emilie Vandenameele.

25 min.

 

« C’est 1€ s’il vous plaît. Si vous avez plus c’est bien aussi. » supplient les deux jeunes femmes pour nous vendre du quatre quart pour 1€ la part. Mais disent-elles ceci n’est pas un quatre-quart c’est un mode de financement. Under pressure est un spectacle sous forme de répétition/conférence méta théâtrale, ayant pour sujet la création d’un spectacle/fête de la bière, ou du moins faisant appel à tous les problèmes pouvant émerger lors d’une création artistique impliquant une organisation lourde, une équipe d’artistes et de techniciens à encadrer, et des financements à trouver. Deux tables recouvertes de piles de feuilles et deux chaises occupent la scène. Hélène et Emilie commencent leur réunion/répétition face à nous, jouant leur rôle de metteur en scène tout en s’adressant régulièrement à la fois au public ou à leur équipe artistique imaginée.

L’écriture du spectacle est teintée d’humour et de situations absurdes qui enlèvent à l’exercice son aspect potentiellement narratif. Les deux comédiennes déjouent les conventions théâtrales tout en les utilisant à leur avantage, chaque détail insignifiant pouvant alors devenir un objet de dérision et d’amusement. L’exercice qui nous est présenté n’en est pourtant pas tout à fait une farce, le dispositif scénique permet au spectateur de questionner son propre rôle face à un spectacle, le travail présenté tire autant que possible les ficelles de la sincérité face au processus de création et très vite les situations dégénèrent en forme de comédie tragique. La proposition du groupe ACM s’amuse de situations à la fois très théâtrales en même temps qu’elle s’appuie sur le regard du public dans le présent même de la représentation.

 

 

Affabulazione, Mise en scène Lucas Bonnifait / Lumières Alice Versieux / Avec Jean-Claude Bonnifait, Pauline Cheviller, Ava Hervier, Antoine Louvard, Thomas Matalou, Raouf Raïs.

35 min.

 

Affabulazione de Pier Paolo Pasolini est un texte sur le parricide et le régicide, c’est l’écriture d’un rapport conflictuel d’un fils et son père, et du père quant à la sexualité du fils : le sujet du meurtre symbolique et physique originel. Dans ses choix dramaturgiques, Lucas Bonnifait consolide le sujet de conflit père/fils et s’empare du texte pour l’offrir sans artifices, la parole est simple et directe, les images frontales en même temps qu’hypnotiques. La parole du père est relayée par tous les comédiens, elle devient aussi bien celle du curé que celle du fils, puis de la fille et de la mère. Divisés en de multiples entités pour un souci d’universalité, les mots du père deviennent ceux d’une tentative d’exprimer l’incertitude des membres d’une même société face à l’effondrement des rôles. La petite histoire des êtres en présence s’ouvre plus largement sur le champs historique : les rapports d’une société à ses guerres et à ses morts.

 

Une attention particulière est portée à la création sonore et aux lumières qui plongent le spectateur dans un univers hypnotique où les frontières du bien et du mal dans les relations –comme du réel et du fictionnel– deviennent difficiles à discerner. Les époques se mélangent et les voix/corps des comédiens se succèdent faisant le récit d’une communication impossible. La tragédie se perpétue dans des rapports distants au corps de l’autre, à son intime, chacun se faisant face ou créant une ligne face public pour se parler sans se voir tout à fait, comme pour éviter la tentation du toucher, du désir interdit de l’autre. Les visages sont fondus dans le noir d’un plateau vidé de tout élément, généralement éclairés d’une lumière blanche qui laisse au texte tout son espace et son pouvoir intrinsèque pour nous toucher directement, sans artifices théâtraux.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *