L’Orage

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  • Date le 7 juin 2013

L’adaptation de L’Orage d’Alexandre Ostrovski par le metteur en scène Jernej Lorenci est un des plus ambitieux spectacles de la programmation de la vingt-et-unième édition du Festival International de Théâtre de Varna qui s’est tenu du premier au douze juin en Bulgarie.

 

La qualité de cette production slovène du Théâtre de la Cité de Ljubljana réside dans sa maîtrise des deux registres théâtraux comique et tragique qu’elle aborde successivement dans deux parties séparées par un entracte. Ce choix dramaturgique donne un nouveau rythme au drame russe initialement composé en cinq actes qui a connu un succès public dès sa sortie en 1859. L’Orage commence par des applaudissements et finit dans le silence, accompagnant littéralement le spectateur du rire aux larmes.

 

La première partie de la représentation ressemble à une grande fête dans laquelle les personnages, en costume d’époque, se présentent au public, micro en main, tout en jouant la mascarade d’une soirée organisée dans la société bourgeoise d’un village situé près de la Volga. Cette ambiance cabaret est renforcée par la présence constante d’une musique interprétée sur scène par le talentueux Volga Quartet. La succession de transpositions amusantes de la pièce du XIXe siècle dans cet univers décalé ralentit un peu la compréhension de la situation initiale de L’Orage. Néanmoins, à la fin de cette première partie, l’orage – le drame – qui s’approche se fait clairement sentir avec le départ de Tikhon qui laisse sa femme Katarina dans les griffes de sa belle-famille et surtout face à ses sentiments pour Boris.

 

Le jeu des acteurs est volontairement appuyé durant toute la représentation, frôlant parfois la caricature. Cette interprétation outrancière ne freine pas la teneur dramatique des scènes de la seconde étape du spectacle, peut-être en raison du fait que le public a eu le temps de s’habituer à la direction d’acteur. Même si le spectateur se presse d’abord de rire de tout, il se trouve en effet obligé d’en pleurer lorsqu’il assiste à la suite des festivités. La seconde partie de L’Orage arrête de mettre en perspective le théâtre pour l’accepter complètement. La scénographie se transforme pour laisser place au cadre réduit d’une salle dans laquelle les musiciens ne sont présents que par intermittence. Dans cet espace, il est bien entendu question de l’infidélité qui poussera Katerina à se jeter dans la Volga, aussi menaçante dans cette pièce que l’orage qui s’annonce.

 

Le caractère extravagant de la direction d’acteur ainsi que des costumes et de la scénographie qui jouent sur les anachronismes n’empêche pas la montée d’une intensité dramatique rare. Pour preuve, le public bulgare, habitué à applaudir à tout rompre, se tait durant le long noir qui fait suite aux aveux de Katarina à son époux. Le final contraste totalement avec le début tape-à-l’œil de la représentation. Katarina ôte simplement son costume pour apparaître dans une robe noire avant d’aller rejoindre l’orchestre nommé astucieusement Volga – un suicide théâtral vraiment élégant.

 

Interprété en slovène avec sous-titres bulgares et anglais, L’Orage n’en transmet pas moins au spectateur étranger une large palette d’émotions qui va de la joie à la tristesse. La pièce a d’ailleurs reçu l’approbation de la critique internationale à l’occasion de la dernière édition des Rencontres théâtrales de Borštnik en Slovénie. Avec un peu de chance, le spectacle continuera sa tournée internationale pour prouver à d’autres publics le caractère universel de l’émotion théâtrale, du rire à gorge déployée au silence bouche bée.

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