Le Misanthrope

Odéon Théâtre de l'Europe

  • Date Du 22 mai au 29 juin

Should I stay or should I go?

 

Alceste est un personnage féru d’honnêteté, mais amoureux d’une coquette. Il déclare vouloir fuir le monde, mais reste sur scène pour proférer ce discours à tous ceux qu’ils rencontrent. Ces contradictions sont mises en évidence avec la musique des Clash que Nicolas Bouchaud commence par faire retentir dans la salle. Le La de la pièce est donné avec beaucoup d’humour et d’esprit de synthèse. Le public est essentiel à tous les personnages en quête de reconnaissance qui parcourent Le Misanthrope, à commencer par Alceste lui-même. Les comédiens qui disent leur texte presque constamment face au public témoignent judicieusement de ce besoin d’attention, et de fait présentent leurs personnages comme des comédiens. Le public se fait complice de la scène, notamment lorsque les acteurs créent ponctuellement des effets d’attente autour de certaines rimes et sollicitent ainsi la mémoire du texte des spectateurs (ou leur bon sens).

 

Artifice comique

 

La théâtralité qui anime la société du Misanthrope est omniprésente dans la mise en scène. Certains codes du théâtre classique et baroque sont repris pour être détournés. On croit littéralement trouver les comédiens sous les feux de la rampe avec la présence sur quelques scènes d’une multitude d’ampoules posées au sol. Les figures du jeu baroque sont régulièrement reprises, et en particulier chez le personnage d’Oronte rendu joyeusement ridicule par une codification qu’il pousse à l’extrême. La manipulation des vers semble si aisée aux comédiens qu’ils jouent à loisir avec les mots. On peut voir aussi les comédiens se maquiller et ajuster leurs perruques en fond de scène. Quant aux costumes, ils poussent le travestissement des acteurs à l’extrême. Mais tout cette mise en scène de l’artifice théâtral ne cherche pas tant à dénoncer l’esprit de cour qu’à le reconnaître tout simplement comme artifice. Et c’est peut-être la raison pour laquelle j’ai particulièrement apprécié cette mise en scène. Jean-François Sivadier n’est pas dupe de son public, il ne cherche pas à se faire moralisateur plus qu’il n’en faut. Il montre l’artifice, mais ne semble pas oublier qu’il utilise pour cela un art qui en est plein. Il ne se retient pas d’en user pour nous faire joyeusement rire de toute cette mascarade. Son Misanthrope célèbre l’ambiguïté du théâtre. Il est vrai qu’on oublie un peu que cette pièce a aussi été perçue comme un drame. Seule la scène entre Philinte et Alceste qui ouvre l’acte V et met à nouveau en balance les philosophies des deux amis est traitée avec davantage de sérieux, surtout du côté de Philinte dont la pensée ne se faisait pas bien entendre jusqu’ici. Mais on ne saurait vraiment le reprocher, car Vincent Guédon qui interprète Philinte propose quelque chose d’autrement intéressant en ami du genre humain tout de rose vêtu, mais pas du tout naïf justement, et même assez malicieux.

 

Adolescent ?

 

Il y a encore beaucoup de choses à dire et à voir sur cette mise en scène, d’où le fait que nous ne nous sommes pas privés au Souffleur de publier deux critiques sur ce spectacle. Je n’ai choisi de traiter que ce qui a retenu le plus mon attention, quitte à laisser de côté le « rêve adolescent » que Jean-François Sivadier évoque à propos de sa lecture du Misanthrope. On le perçoit avec un décor aux touches after school, une Eliante un peu hystérique dont l’attachement porté à Alceste semble plus une lubie de jeunesse qu’autre chose, et enfin avec Alceste lui-même qui semble avoir vieilli dans son look d’ado. Mais ce Misanthrope a surtout l’air d’un marginal, et la problématique de l’adolescence apparaît peu évidente. Les lustres au plafond formés avec des chaises d’école disent l’artifice que l’on produit avec les vieilles ficelles et évoquent un esprit quelque peu décadent, plus qu’ils ne rappellent les établissements d’où ils viennent.

 

 

Quelque que soit le discours tenu au préalable sur cette mise en scène, il n’en reste pas moins qu’elle réfléchit une multitude de facettes dignes d’intérêt, et provoque efficacement le rire. La mascarade de l’esprit de cour se déploie dans tous ses ressorts et ses fantaisies. De chorégraphies badines sur du Vivaldi aux jaillissements de fontaines versaillaises, cette mise en scène s’en donne à cœur joie de se servir de tous les symboles de la cour pour en exhiber l’artifice aux moyens des siens.

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