L'Entreciel

Théâtre Gérard Philipe

  • Date Du 16 au 31 mai 2013

Une enfant imagine que s’il existe un entresol pour le local à ordures de son immeuble, il doit y avoir un équivalent là-haut, entre ciel et terre. Cette mise en scène, elle, a trouvé son Entreciel. La salle du « terrier » du TGP, sorte de sous-sol au plafond bas et à l’aspect tout à fait rudimentaire, fait jaillir de ses murs gris la poésie de Marie Gerlaud qui nous amène à survoler des espaces bien plus hauts. Et en cela, il ne s’agit pas seulement de l’adaptation d’une nouvelle sur scène, mais bien de magie théâtrale.

 

L’actrice Mounia Raoui porte jusqu’à nos yeux la vision d’une fillette de neuf ans sur la cité en zone périurbaine où elle vit. Une nouvelle géographie s’installe entre les immeubles qui menacent d’être rasés et ceux qui se trouvent déjà sous les décombres. Sur le parcours bref et quotidien de la petite fille qui la mène de son immeuble au parc voisin, milles secrets s’échappent d’entre les brèches des bâtiments en ruines. Les immeubles condamnés se changent en passages mystérieux qui semblent permettre des allers-retours dans le temps. Les gravats et les barres d’immeubles encore debout font sens pour la fillette quand depuis longtemps, les adultes ont condamné leur inadéquation à l’esthétique des villes modernes. Mais ce traitement poétique des murs gris ne va pas de soi pour elle-même. L’enfant, bientôt adolescente, se rend bien compte que lorsqu’elle cessera de penser qu’avant d’atteindre le grille du parc elle court un nombre certain de dangers sur l’esplanade déserte de son quartier, les rumeurs, les intuitions d’une ville sans valeur et sans avenir pour ceux qui y vivent gagneront l’espace de son imaginaire. Loin d’être imperméabilisée par ses constructions enfantines, elle se trouve à tout moment en lutte avec la réalité.

 
L’actrice adulte incarne cette ambiguïté de l’enfance casino online en disparition. Son jeu se garde bien de tomber dans un maniérisme enfantin, seul le sous-sol du TGP est pris comme terrain de jeu pour exprimer cette part d’enfance. La voix de Mounia Raoui se laisse guider par les mots de Marie Gerlaud qui la conduisent subtilement à faire entendre celle de la fillette. On peut regretter l’utilisation ponctuelle du micro, employé il semblerait pour retranscrire ce que l’enfant désigne elle-même comme une histoire à raconter, car ce micro oblige l’actrice à se figer un peu, or rien ne vaut les moments où elle laisse circuler sa parole dans l’espace, sans intermédiaire, et s’empare complètement de l’entresol du TGP qu’elle réinvente avec des mots. Les lumières participent également habilement à cette recolorisation des murs gris qui cernent notre histoire. Elles permettent de moduler l’espace tout en lui laissant le charme de sa nudité abrupte.

 
Sans complaisance et avec même beaucoup de délicatesse, L’Entreciel fait miroiter la fin de l’enfance avec la problématique de lieux de vies qui se heurtent aux nouvelles politiques urbaines, et rappelle que le progrès est lié au deuil, parce que ce qu’il fait disparaître participait aussi de la vie.

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