Pantagruel

Théâtre de l'Ouest Parisien - TOP BB

  • Date 25 et 26 avril 2013

Quand le spectacle commence, il fait noir dans la salle comme dans les intestins de François Rabelais.

 

La langue française sort des ténèbres du moyen-âge, nous sommes à un moment de l’histoire  où la renaissance du langage permet toutes les inventions. L’obscurité laisse surgir d’elle-même une petite lumière blanche qui éclaire comme une loupe le centre du récit, le personnage de Pantagruel incarné par Olivier Martin-Salvan.

 

Cet acteur magnifique, qui est notamment passé entre les mains de Novarina, est un corps velu, entier, un trou-monde qui chante. C’est un acteur qui nous rappelle à notre humanité, à notre nature de mangeurs de vie, à l’incongruité de toute présence au monde. Il nous envoie à la nécessité du rire, il veut pulvériser l’esprit de sérieux. Il est loin, très loin des corps stéréotypés de beaucoup de jeunes acteurs. Et c’est pour cela qu’on l’aime, par ce qu’il nous rappelle à nos gros et petits défauts, à nos poils qui dépassent, à nos rots joyeux, à nos rires d’enfants.

 

La scène s’éclaire peu-à-peu, et les musiciens apparaissent aux côtés de l’acteur. Comme dans un rêve nous voilà transportés, peut-être, dans une cour royale, où les ménestrels racontent au seigneur du château les horribles et épouvantables faits et prouesses du très renommé Pantagruel Roi des Dipsodes, fils du Grand Géant Gargantua.

 

Le décor est tout de paille, pas tout à fait lumineux. Le spectacle pourrait raconter l’aurore d’un langage qui lutte avec les ténèbres du passé et le sérieux à venir, en tous cas il raconte la vie qui brûle dans la conception de chaque mot.

 

Mais Pantagruel incarne tellement cette vie, ce rire énorme, que l’on s’impatiente parfois aux passages racontés, car ils sont dits dans le ton du récit, et ils se trouvent parfois gagnés par l’esprit d’école, de la pédagogie des maîtres de Sorbonne que Rabelais détestait. Le rythme s’en trouve ralenti sensiblement, la langue ancienne peine à se faire comprendre car elle n’est pas articulée par l’action.

 

Heureusement, ces moments ne sont pas si fréquents, et toujours suffisamment tendus par la présence de la pensée.

 

Mais lorsque l’acteur se met à improviser, lorsqu’il se fait mangeur de livres et qu’il en récite malgré lui des passages ingurgités, quand il incarne les mille personnages de son compagnon Panurge, en un mot quand il vit, rien ne lui résiste. La nature du langage de Rabelais, toute d’invention et d’impertinence, se trouve incarnée par la force d’improvisation et le bonheur de jouer de l’acteur.

 

On dit qu’on juge d’un spectacle lorsqu’on s’en souvient longtemps après l’avoir vu.

 

Alors j’ai apprécié celui-ci car j’ai encore devant les yeux les méduses aériennes et dorées de l’image finale. Je me dis que j’ai envie de revoir un spectacle de Benjamin Lazar.

 

Pantagruel sera repris au Théâtre Athénée Louis-Jouvet du 7 au 30 novembre 2013.

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