Ex (Que crèvent les protagonistes)

Théâtre des Quartiers d'Ivry

  • Date Du 17 au 21 avril 2013

 

 

Qu’on se le tienne pour dit, Gabriel Calderón ne parle pas la langue de bois. Une délicieuse bourrasque d’authenticité aux Quartiers d’Ivry.

 

Il n’aura pas fallu plus de quelques murs négligemment dressés sur la scène pour que l’auteur parvienne à y capturer de précieux instants de vie, nous donnant ainsi à voir des personnages étrangement familiers.
Tout commence le soir de Noël, dans le modeste salon d’un jeune ménage: suite à la demande d’Ana, sa fiancée, Tadeo a mis au point une étrange machine capable de ramener du passé les êtres disparus. Vont alors se présenter successivement mère, père, oncle et grands-parents. Pour Ana, c’est l’occasion rêvée de faire enfin toute la lumière sur son histoire familiale. Mais ce qu’elle ne sait pas, c’est que la vérité est multiple, et que le temps ne résout rien.

 

Prisonniers entre les murs de cet étrange salon, les personnages se déchirent, se débattent, et se laissent finalement trahir par l’amour qui les unit. Une déclaration qu’il faudra savoir glaner au fil des disputes, car comme le rappelle sèchement le patriarche, les grands discours ne survivent pas à l’expérience de la vie. D’entrée de jeu, le ton est donné: ce sont des êtres du réel que Calderón nous donne à voir. Des êtres de la vie, celle qui blesse, qui brise et qui ne répare pas. Répondant avec justesse à cette exigence d’un théâtre du concret, la langue franche et tranchante de l’auteur se trouve magnifiquement servie par le verbe jaillissant des comédiens hispaniques. Au-delà du choix artistique, c’est par la pulsion latine que le spectateur français se trouve happé.

 

A travers sa création Ex, c’est aux histoires de famille que Calderón a choisi de porter son attention. Bien que l’intrigue se déroule en Uruguay, qu’elle y mêle la dictature, les personnages rencontrés dans ce petit salon nous apparaissent avant tout comme une famille, au-delà des non-dits, des disputes et des regrets. Et si l’on rit -car on rit abondamment- face à cette étrange compagnie, c’est bien que l’on connaît trop ce refrain là. Ici, ailleurs, hier ou aujourd’hui, la difficulté à s’aimer et à s’unir reste la même. Et le père, victime de la dictature, de rappeler que le véritable combat, le plus dur et le seul qui ait du sens, c’est précisément celui-ci. La scène apparaît alors comme l’occasion inespérée de contraindre les êtres, par l’espace même, à se rencontrer à nouveau, se parler, et peut-être enfin se retrouver.

 

Soucieux d’offrir un théâtre actuel et social, Calderón dépasse la crise mondiale et nous invite fermement à reconsidérer toute l’importance des liens humains. Un rappel dont l’utilité  fait rougir.

 

 

Agnès Dopff

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