Festival Rideau Rouge, premier jour

Autres théâtres

  • Date 28, 29 et 30 Mars
  • Lieu Centre d'animation Jemmapes
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L’espace Jemmapes accueille cette année le Festival Rideau Rouge, festival de théâtre étudiant mené par le Bureau des Arts de Sciences Po. Au programme de cette première soirée, ce jeudi 28 Mars, Tailleur pour Dames de Georges Feydeau mis en scène par les élèves de l’EDHEC de Lille, et Blackbird de David Harrower mis en scène par le Vertige Collectif constitué d’élèves de Paris III – Sorbonne Nouvelle.

 

Tailleur pour dames : Chaud devant , un Feydeau !

 

Le premier spectacle à prendre possession du plateau est celui des élèves de l’EDHEC. Ils nous proposent un Feydeau survolté à la mise en scène assez classique mais furieusement délicieuse grâce à l’énergie des comédiens. Découvrir son premier texte de Feydeau, c’est évoluer en roue libre dans un univers où le texte empilen, sur terrain glissant, les intrigues et évènements. Ainsi, dans Tailleur pour Dames, le docteur Moulineaux faisant la cour à sa future première maîtresse est en mauvaise posture. Sa femme se doute de l’adultère en cours et convoque sa belle-mère, tandis que la maîtresse en question se fait suivre partout où elle va par son mari : le bolide Feydeau est lancé ! Des comédiens fougueux qui jouent avec leur public, offrent un spectacle charmant et décapant. Avec rythme et engouement, les élèves de l’EDHEC gagnent leur pari et nous emporte dans un Feydeau rajeuni à l’énergie pétillante. On demanderait presque un deuxième costume sur mesure !

 

Blackbird : envol théâtral

 

Mis en scène par le Vertige Collectif, Blackbird  était la découverte de cette première soirée. Ce texte de David Harrower nous présente les retrouvailles bouleversantes d’une jeune femme et d’un homme d’une soixantaine d’années qui ont vécu une courte et intense histoire d’amour. Sauf que dans cette histoire, l’amour est hors-norme. Au moment des faits évoqués, il a quarante ans, elle en a douze. A l’issu d’un évènement qui les sépare, démarre le procès de l’homme. Plus qu’une simple affaire de pédophilie, Blackbird parle d’amour. Cette thématique n’est pas sans évoquer, à la mémoire des spectateurs de cette saison théâtrale, le spectacle de Joël Pommerat, La Réunification des deux Corées. Les sujets sont similaires et l’on pourrait presque croire que le texte de David Harrower est une version longue des saynètes de Joël Pommerat, tant elle étire au maximum, dans le temps et dans l’écriture, l’instabilité du lien que pose l’amour entre deux individus. Cette instabilité règne sur le plateau et la dynamique entre les deux comédiens relève d’un véritable tango théâtral avec une sensualité sulfureuse maintenue sous-jacente jusqu’à la toute fin. Virtuose et éprouvante, leur présence, commune ou individuelle est rare. La mise en scène épurée bouleverse le spectateur de vagues successives d’émotions. Ce n’est pas pour rien que cette même vague est le leitmotiv sonore et visuel du spectacle. Tout réside dans la noyade de deux êtres, dans ces souvenirs qui les hantent, encore. Mais aussi dans le désir croissant qui les tient l’un et l’autre dans la même pièce : désir d’être à l’autre une dernière fois. Comme deux oiseaux, ils survolent le plateau de leurs corps tremblants, pleins des élans passionnels et rationnels qui les transportent. Beauté, force et virtuosité font de ce spectacle une expérience singulière tant la prouesse de ces comédiens semble ouvrir le texte à une danse folle d’amour et d’émotions au creux de deux sensibilités.

 

Avec deux spectacles très différents, cette première soirée de festival annonce la couleur des jours à venir. Le Festival Rideau Rouge propose à la scène la diversité du théâtre étudiant. A suivre, donc…

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