Collaboration

Autres théâtres

  • Date Jusqu'au 30 juin 2013

Pourquoi avons-nous cette sensation d’avoir tout vu, tout lu, tout entendu de la seconde Guerre Mondiale et de ses effets catastrophiques ? Pourquoi lorsque nous lisons le synopsis d’une pièce sur ce sujet, nous pensons d’ores et déjà à la dramaturgie, à la représentation, au texte et aux exemples qui nous seront donnés, tel une histoire que nous nous sommes déjà raconté et dont nous connaissons tous les ressorts ? Pourquoi cette sensation de trop-plein ? Une seule justification à ces questions serait impossible et inutile, les causes étant multiples.

 

C’est dans ce contexte-ci que Georges Werler se propose de mettre en scène la pièce de Ronald Harwood au théâtre de la Madeleine : Collaboration. Derrière ce mot fortement connoté, se cache une rencontre entre deux artistes, un compositeur allemand en mal d’inspiration, Richard Strauss et un écrivain autrichien en pleine gloire, Stefan Zweig. De cette union artistique naîtra un opéra, La Femme Silencieuse et une amitié bouleversée par l’ascension d’Hitler au pouvoir et la progression du nazisme en Europe. Tandis que Stefan Zweig, en raison de ses convictions religieuses, humanistes et artistiques, se voit obligé de fuir sa source d’inspiration, l’Europe ; Richard Strauss, au nom de son amour pour l’art et pour sauver sa belle-fille, et par conséquent ses petits-enfants juifs, oscille entre ses convictions et ses intérêts. L’un se suicidera avec sa femme au Brésil en 1942, l’autre justifiera ses actes lors d’un procès de dénazification d’après-guerre. Malgré leur parcours, les deux hommes se voueront toujours admiration et respect l’un envers l’autre.

 

La mise en scène de Georges Werler fonctionne bien, le spectateur se laisse prendre au jeu de la représentation, happé par le décor et l’interprétation des acteurs, malgré quelques cabotinages. La relation entre Zweig et Strauss est amenée de manière très touchante par une scène de rencontre qui mêle admiration et pudeur. Le contraste entre les interprétations de ces deux premiers rôles- un Strauss tout en force et colère et un Zweig empli de retenu et de bienséance- séduit malgré l’apparente non-originalité du procédé herméneutique. Les autres personnages ne sont pas en reste dans cette distribution : Pauline, la femme de Strauss, est rendue pétillante par son audace, de même que Lotte, la femme de Zweig séduit par sa douche fraîcheur  Le dernier personnage, Hans Hinkel, secrétaire du ministre de la Culture, est brillamment mis en valeur par Eric  Verdin : une finesse de jeu mêlée à l’âpre dureté de son rôle. Sa ressemblance physique avec le vrai Hans Hinkel est d’ailleurs très perturbante.

 

Ce spectacle offre un bon moment de divertissement malgré le propos de la pièce. Bien calé dans un confortable le siège, le spectateur se laisse emporter par la narrativité et la fictionnalité. La mise en tragédie attendue n’est pas retranscrite, et ce malgré le suicide de Zweig et de sa femme : le drame et la dramaturgie domine. Cependant l’absence de parti-pris réel concernant l’arrière-plan historique conduit la pièce à un entre-deux pas toujours évident à concilier : le comique prôné, bien qu’il soit réjouissant, s’accorde mal avec les propos de Zweig, touchant la perpétuelle subalternisation de l’art au monde politique.

 

En dépit de ces quelques bémols, cette mise en scène et ce texte restent très agréables à voir et à entendre.

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