L’odeur du sang humain ne me quitte pas des yeux

  • Date Du 29 Janvier au 16 Février 2013
  • Mise en scène Philippe Ulysse
  • D'après des textes de Shakespeare, de Philippe Ulysse et de la troupe, et de T.S Eliot, F.F. Coppola, S. Alexievitch, F. Pessoa...
  • Avec Nicolas Avinée, Victoire Du Bois, Dalila Khatir ou Pascale Valenta, Laurence Mayor, Anthony Paliotti, Fred Ulysse
L_odeur_du_sang_humain_ne_me_quitte_pas_des_yeux

Les spectateurs en bi-frontal, entre nous un terrain de petites pierres taillées, un sol aride. De part et d’autre encadrent cet espace une scène et une petite maisonnée. Le drame est simple, Macbeth tue le roi, la présence de la mère hante le personnage. Qu’est-ce qui se dit ? Le crime, dans son extrême âpreté,  son extrême rigueur, tient Macbeth qui ne s’en défait plus. Les figures qui circulent tout au long de la pièce font mémoire de cette douleur à corps, le chant, le micro , la scène où seront projetés sur un rideau à paillette digne d’un music-hall, le visage de Lady Macbeth et du fils.

 

Le texte est un patchwork de témoignages de la période contemporaine, la guerre d’Algérie parmi d’autres mais surtout de parole de Pessoa, de Coppola et autres qui fond moins de la pièce un réquisitoire qu’un parcours éclaté, on circule dans la guerre. Après le crime dont Macbeth tient le visage déchiré puis absent casi mort sur scène, on stagne dans un espace en ruine. C’est là que des voix en forme de témoignages naissent, de ce lieu dévasté sans motif, sans argument. Loin de former un contrepoint, le spectacle pousse à fond cette persistance du crime, et entretient l’onde de choc par une fissure du rythme de la représentation, une cadence dont il manque l’appel, l’impulsion.

 

Ce qui se passe alors c’est une immersion dans un imaginaire où surgissent des moments  de mutations ; Lady Macbeth passe de la maison où en simultané son visage est projeté de l’autre côté de la scène, au corps gracile qui hurle au micro, puis dans une combinaison jaune caoutchoutée, revêtue d’une robe de mariée elle traverse lentement la terre-décombres, rejoint la scène, le podium et entame un chant. Métamorphose plastique du personnage, qui par investissements successifs de corps, décline son rôle, diffère le sens du texte et impose une situation concrète et physique de la parole qu’il porte.

 

On n’assiste pas la dramaturgie, mais le regard appliqué suit lentement des transitions, comme effectuations par à-coup d’un drame sans origine et sans fin . Là où Macbeth coud son visage à la couronne, tient ce qu’il reste d’homme, la mise en scène déjoue le masque d’une humanité qui  tente d’être encore sauve et entre à fond dans une réalité qui se confond sans cesse avec l’artefact.

 

 

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