Ma mère qui chantait sur un phare

Théâtre de l'Aquarium

  • Date du 4 janvier au 3 février 2013

On pourrait prendre les choses dans ce sens : deux enfants partent en quête de leur mère. Alcoolique, probablement prostituée. Tout bons enfants qu’ils sont, ils découvrent la vie ; qu’est ce que ça veut dire découvrir la vie autour de 10-13 ans, en bord de mer?

D’abord, c’est apprendre à tuer les chiots, découvrir les organes sexuels des animaux, s’amuser de toute sa perversion infantile à faire gonfler un crapaud pour le faire exploser. Puis tomber sur des figures fantômes mythiques, celle d’une sœur décédée qui oriente le jeune garçon Marzeille vers le bon chemin, et son petit frère Perpignan qui le suit partout. Les deux frères portent des noms de villes de bord de mer, comme une échappée belle possible hors terre. Qui lui fait comprendre qu’être un homme ça n’est pas frapper sa chienne mais s’en occuper, petites révélations morales contre éveil d’une sensualité frôlant l’inceste. Pourquoi pas. Le père aussi revient, c’est l’apparition d’une impuissance faite crasse par la dernière scène où les deux fils partent en barque pour ramener la mère perdue au large. Le père n’arrive plus à ramer (« je n’ai plus de bras »), ni à faire démarrer le moteur de sa barque. Au comble de son épuisement c’est Marzeille, le plus grand, qui montre le jeune homme qu’il est devenu au terme du récit, en actionnant le moteur pour aller secourir la mère.

Dans cette épopée pré-adolescente, la mère qui chante sur un phare, est à la fois un appel et une scission avec les deux enfants. La pièce construite sur le mode du récit permet d’accéder aux pensées des personnages. Les didascalies sont insérées, le point de vue de chaque personnage est développé sous la forme d’une fiction subjective qui construit les espaces, et chacune des scènes de l’épopée. Pas de décors pour figurer, mais une succession de deux toiles qui se dégrafent, avec lesquelles les personnages jouent pour construire des perspectives et des cachettes. Perpignan le petit, construit tel un enfant, tout en histoires, tisse des liens à sa portée. À partir du moment où il tue sa grenouille, qu’il conserve précieusement dans sa poche, il sera persuadé que sa mère se retrouvant perchée sur le phare est une punition de Dieu. Marzeille lui, tente de diriger, il est pris entre deux âges, celui de l’enfant naïf et celui de l’adolescent, découvrant une sexualité qui tend à être effective. Les deux personnages veulent grandir, appréhendent également le voisinage du gardien et de sa femme. Nous sont offerts les fantasmes du gardien/conducteur de pelleteuse, l’intérieur de sa machine avec des images pornographiques. Découvertes de sexualités qui n’offrent rien de tangible, mais des interrogations insolubles. Les enfants circulent dans une structure confinée, qui navigue entre un père et une mère en faillite. Figures dont le manque ouvre à des intimités malhabiles, impuissantes. L’auteur qui ne débusque jamais les personnages du roman familial auquel ils n’ont pas droit, fait tourner la pièce à blanc. Empile successivement de petits drames, de petites rencontres autant d’indices d’une présence dégradée de la mère. On se trouve peu à peu enfermés dans le procédé du psycho-récit qui tentait au contraire d’ouvrir la pièce.

Voilà ce qui se jouerait dans les méandres profonds de l’intime/inconscient de l’enfance. D’une part on suit au fil de la pièce, non pas des subjectivités mais un schème dont la mère est à la fois l’articulation honteuse, mythique et par là rendue nécessaire. « Il faut sauver Maman » devenue folle ou l’ayant toujours été. Partant toutes les expériences, chacun des personnages s’en remet à cette figure qu’il s’agit de maintenir coûte que coûte. Figure mythique, avons nous dit, mais également momifiée. Elle est la grande prostituée de l’apocalypse, chantant sur le phare, expirant presque. C’est l’eros des grandes hystériques qui attirent la foule des hommes absorbés. Outre le scandale de « La Mère et la Putain » qui n’accorde aucune individualité à la femme conçue uniquement dans l’économie de la génération ou du déboire sexuel. Toute la pièce, sous des dessous pathologiques et déviants, court à la restitution d’une normalité souveraine. Le Fils devient le Père, les enfants dans un ultime coup de grâce retrouve la Mère, tout se fait dans un environnement qui ressemble plus à un folklore tant il est peu utilisé pour lui même. Tant la poésie est écrasée par le leitmotiv parental, qui acquiert une consistance dramatique uniquement dans la mesure où il use de lieux communs autour desquels la pièce circule tout en les laissant intacts.

 

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