Partage de midi

Théâtre de la Tempête

  • Date Du 18 janvier au 24 Février 2013
  • Texte Paul Claudel
  • Mise en scène Philippe Adrien
  • Avec Ludovic Le Lez, Matthieu Marie, Mickaël Pinelli, Mila Savic
  • Décor Elena Ant
partage de midi

La Cartoucherie est sous la neige. L »atmosphère, douce et feutrée du Théâtre de la Tempête nous accueille pour écouter les mots d »un auteur ô combien mythique voire mystique : Paul Claudel.

 

Découvrir pour la première fois une écriture, et qui plus est en la découvrant portée à la scène est une expérience particulière qui peut parfois vous mener à l »adoration de son auteur ou du metteur en scène, au rejet de l »un ou de l »autre ou tout aussi bien à la simple curiosité. L »expérience faite de la mise en scène du célèbre Partage de Midi dirigée par Philippe Adrien  appartient à la dernière catégorie.

 

La pièce Partage de Midi est inspirée de la propre vie de son auteur, souffrant d »un amour absolu devenu déçu. Ysé et son mari De Ciz, partent en bateau pour la Chine. Sur ce bateau, Ysé rencontre Mesa pour lequel elle va quitter son mari. Enceinte par la suite, elle décide de quitter mari et amant pour rejoindre un troisième homme qui ne la comble pas. Ysé et Mesa se retrouveront pour un dernier face à face, dans le troisième acte de ce drame au cœur de la passion amoureuse.

 

L »amour de metteur en scène pour le texte qu »il monte est décelable dès la première image : derrière la frontière perméable d »un cyclorama sur lequel sont projetés des oiseaux blancs en vol, une femme portant un grand chapeau est accoudée à la barrière d »un pont de bateau. L »image est magnifique, sublime par sa fulgurance, et semble faire un clin d’œil aux Femmes aux ombrelles de Monet.

 

Le mise en scène dans son ensemble est esthétiquement belle, soignée dans les moindres détails. La scénographie est épurée voire évanescente et les décors propres à chaque partie jouent sur un même procédé : celui du concret devenant abstrait, d »un réalisme en effacement. Ainsi la première partie nous offre un décor de pont de bateau esquissé par des barrières, un sol en bois, une banquette et une voile à l »horizontale ondulant sous un vent changeant. Rien de plus. Même dispositif pour le cimetière qui laisse à la toile de fond la force d »évocation du lieu. La troisième partie est présentée sous le même mode : les objets principaux matière du réalisme, et le reste évoquée par la toile de fond peuplée d »ombres d »arbres… qui va se transformer à la toute fin en écran aux étoiles par lequel Mesa apercevra les dernières images de sa vie. Tout mène à cette hauteur du texte de Claudel, comme s »il dépassait les limites physiques, les barrières et frontières de chaque lieu par son appel vers l »absolu de l »amour, l »absolu littéraire, l »absolu de la vie et de son élan passionnel. Le travail de Philippe Adrien est aussi très pictural. A la casino online croisée de William Turner et de ses couchers de soleil, de Monet et des traits et formes des arts asiatiques, ce Partage de Midi se pose en éventail magique de couleurs et d »images. Le travail de lumière est d »une douceur et d »une finesse rares, nous berçant à travers les mondes que ses couleurs dépeignent. Tout est dans l »imagination du spectateur qui est face à ce texte au cœur du sublime.

 

L »autre force de cette mise en scène se pose dans la lecture fine qu »il fait du texte, une ouverture au sein de la dramaturgie de la pièce. Par sa mise en scène, Philippe Adrien veut faire entendre cette dualité propre au texte de Claudel : celle d »une œuvre alliant veine comique et lyrisme poétique. Les rires discrets mais réels de l »assistance se font parfois entendre face au jeu passionné des comédiens. Le comique de mots s »allie au comique de geste, qui représentent la force corporelle de cette mise en scène. La corporalité intrinsèque au texte de Claudel nous arrive seulement par fulgurance, mais elle s »approche de l »absolu de la passion amoureuse quand les scènes sensuelles sont représentées. Par cette finesse de lecture, la mise en scène de Philippe Adrien déplace cette corporalité pour faire entendre l’œuvre de Claudel dans toutes ses dimensions. Il manque alors cette incarnation sans limite pour que le texte nous arrive par et dans tous les sens. Dans le travail de Philippe Adrien, la tempête lyrique et cette soif d »absolu prennent avant tout source dans le texte, qu »on a plus que plaisir à entendre ou à découvrir.

 

Ce spectacle s »offre tout en finesse par l »amour que le metteur en scène porte à son texte, et dans le voyage qu »il crée à l »intérieur même d »une écriture lyrique et poétique.

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