Le jour va se lever et balayer les galaxies

La Loge

  • Date Du 11 au 14 Décembre
  • Mise en scène Yohan Lopez
  • Avec David Houri


Nouvelle échappée proposée à La Loge, une exposition et une forme courte de spectacle construisent l’ensemble à la fois intime, immobile et cosmique Le jour va se lever et balayer les galaxies.

 

L’exposition nous attend dès notre entrée dans la cour, sous la nuit. Sur un grand écran de projection, nous est proposé un film montrant en Split-screen, un jeune garçon et l’homme qu’est devenu cet enfant. L’un semble regarder l’autre, avec cet air tendre qui traverse le temps.

 

Puis nous entrons dans un deuxième sas, où sont exposés des photos diverses, de poubelles remplies, de routes dans la nuit. Le tout est entourés de vidéos de voyage en voiture, mais aussi de citations énoncées par la douce et implacable voix de Philip Glass qui résonne, ou épinglées sur les murs du hall d’entrée de La Loge. Il ne s’agit pas d’une exposition itinérante, mais d’ « itin-errance ». Qui a pris ces photos, vers quoi nous mènent-elles ? Suivons-nous la trace de quelqu’un, de cet enfant devenu homme ? Le spectateur semble perdu dans cet espace, qui précède l’espace scénique proprement dit. Il est perdu dans ce lieu d’exposition, ce non-lieu.  Sommes nous spectateurs, visiteurs : avons nous le droit de parler, devons nous chuchoter ? Sur les spectateurs du petit théâtre plane un air d’incontrôlable comme un embarquement immédiat vers l’inconnu.

 

Nous pénétrons enfin dans l’antre de la salle. Dans un espace intime, un appartement/squat qui s’ouvre à nous comme un atelier d’artiste abandonné, ou même un espace de performance dans un musée. Mais l’impression la plus immédiate serait cette sensation d’être des intrus dans la vie de quelqu’un… Mais ce quelqu’un, Charles, homme massif et apathique d’une trentaine d’années, après son entrée en scène et quelques digressions dit nous avoir vu, savoir que nous sommes là. Il vit sa vie, dans une a-temporalité entre ses souvenirs errants, sous formes de vidéos amoureuses, d’extraits de conversations, et un futur proche : celui de son éventuel départ. Pourquoi veut-il partir ? Vers où ? Nous ne savons et saurons finalement que peu de choses : nous assistons à une scène de cette vie au bord de la psychose. Le plateau représente alors ce lieu flottant et la surface multiple de l’espace psychologique. Du personnage s’est échappé toute dimension de spectacle, c’est ce qui l’entoure qui devient spectaculaire. Ses visions, ses pulsions prennent d’une scène de danse immobile sous Joy Division, de discours sur la télévision un verre de Coca à la main ou encore de discussion avec le régisseur lumière et son de sa propre vie qui décide de multiplier les sonneries du téléphone. Dans cette évacuation du spectaculaire, David Houri est impressionnant. Son jeu dans cette folie éteinte mais totalement incarnée, fascine et nous dépasse. Le texte déconstruit, dédramatisé nous pose au cœur même de cette logique détournée de la réalité, en nous l’offrant à vue, sans jugement ni voyeurisme.

 

« Oh! C’est fini ? J’étais partie pour des heures, moi ! » dira une spectatrice à la fin de cette courte représentation. Le jour va se lever et balayer les galaxies nous ouvre une porte sur l’intime en errance et la force de sa représentation, réussit à nous laisser bouches bées, pantois, avec des questions dans le vide, en suspens. Nous sortons bousculés de cette parenthèse, soufflés par cette proposition à l’originalité saisissante.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *