La Noce ; Derniers remords avant l’oubli ; Nous sommes seuls maintenant

Théâtre de Vanves

  • Date Du 7 au 16 novembre 2012
  • Textes de Jean-Luc Lagarce, Bertolt Brecht
  • Mise en scène Julie Deliquet
  • Avec Julie André, Gwendal Anglade, Anne Barbot, Pascale Fournier, Olivier Faliez, Jean-Christophe Laurier, Agnès Ramy, Richard Sandra, David Seigneur
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On entre dans le plateau comme dans un intérieur de fête de bonne famille bourgeoise ; la fête en bons vivants, bons plats, danse et belles robes. Les comédiens offrent une performance d’écoute de laisser allé sur  le plateau à bien des égards remarquable ; Un peu plus, un pas de plus et nous y serions, l’identification est permise grâce à une multitude de personnalités complexes et ‘n’offrant jamais un même visage.

 

Ce point de départ dressé en machine théâtrale à l’intérieur de laquelle tout va être cassé, désemboîté tient en son cœur le couple de La Noce.La première nuit , les dernières recommandations ; chaque invité y va de son petit conseil, de sa petite prophétie intime. Le libre-ton est admis par chacun d’eux, peu à peu l’espace de la parole perd sa stature, son institution de maxime pour être enfin celle d’un présent cynique et désillusionné. Le décor se casse la gueule comme à peu près toutes les valeurs chrétiennes qui vantent les mérites du mariage. A ce titre là La Noce forme davantage une exécution festive, une cérémonie de la tribu familiale qui tente d’abattre des tabous qui au fond n’en sont plus ?  et si ça se trouve ne l’ont jamais été que pour matérialiser, figurer des valeurs respectables . C’est en tout cas le seul crédit que lui accorde la mise en scène. Ce qui est exhibé c’est donc une forme douce et amère d’hypocrisie qui prend place en lieu de l’institution bourgeoise, de la bonne volonté, de la petite morale conformiste.  Tout finit donc, un certain ordre est en passe de mourir joyeusement. Dans l’incertitude croissante d’un « et après ?  Il arrive un moment où avec un peu de recul, quelque chose fâche de cette identification car enfin de qui parle t-on dans cette pièce sinon du public de bonne culture et de mœurs savantes et esthétiques ? Que perd t-on proprement dans cette pièce à part des meubles et un peu de notre pudeur ?

 

La prise en compte dans la pièce de Lagarce du fossé entre les personnages, de leur incommunicabilité, de leur énigmatique volonté se fait au cours d’un échange mercantile où il s’agit de  vendre une vieille bâtisse. Ce qui au départ est un principe dramatique intéressant à savoir le fait que ces personnages ne savent pas quoi se dire, comment s’adresser les uns aux autres et quoi faire valoir de leurs présences devient au bout d’un moment la répétition d’un constat au fond très banal.  Ca n’est pas la banalité qui dérange mais le fait que la pièce ne semble prendre racine que là, sur fond de démonstration qui prend prudemment du recul sur ce que le texte avance. Le spectacle est pour ainsi dire à la lettre d’un principe dramatique qui s’épuise dans le jeu de façon remarquable mais qui ne mène jamais vers autre chose qu’un constat existentiel aujourd’hui malade de son petit refrain. Même si la mise en scène présente une maison en ruine, avec une tapisserie projetée, une porte en guise de table ; mise en scène d’ailleurs vraiment pertinente dans le contexte de Lagarce, c’est une représentation qui choisit de laissé le texte investir tout l’espace sans jamais être contré par quelque chose qui le questionne enfin. Tous les comédiens connaissent le registre qu’ils doivent prendre et la légitimité du type de non-échange passe pour une évidence au fond confortable. Les personnages ne peuvent pas se comprendre, sans savoir pourquoi ou en croyant le savoir trop bien. Des retours comme celui de la fille du couple agissent comme des points de tremblement de la vie, de l’histoire de chacun. Il se sentent questionnés, coupables, victimes. De cet ensemble de prérogatives tout est joué de façon remarquable. Chaque personnage est rivé à lui même comme insulaire et perdu à jamais pour l’autre. Il ne reste que des mots et des mots qui tiennent, qui disent ils n’en ont plus beaucoup.

 

Le troisième volet, qui constitue l’embryon du prochain spectacle de la compagnie présente une famille celle de l’ensemble des comédiens rassemblés autour d’une femme. Le gauchiste déçu de Mai 68, révolutionnaire le temps d’un voyage pendant la prise de pouvoir de Salvador Allende. De l’autre côté le père banquier, la mère fourrure aux épaules. Une question en guise de prélude, « qu’est ce que l’héritage ? ».  Pompidou est passé par là, les pavés du quartiers latins un amas de vieux slogans dont on ne sait plus quoi faire. Nostalgie mais que donner à nos enfants. La jeunesse en mal d’utopie, de rêve.

 

La réponse critique que je voudrais formuler est celle d’un désaccord idéologique. Si la pièce fait circuler une certaine tendance de la pensée de notre monde contemporain elle le fait sur des bases que l’héritage culturel que nous avons reçu est à même de démonter strictement. Mai 68 c’est aussi la génération d’une pensée non plus de la petite famille et des oppositions politiques, dualistes de bons tons. Mais celle de la conquête d’une liberté éthique qui justement fait barrage à l’enfermement dans l’héritage familial et national tel qu’il est présenté, présupposé dans les spectacles.

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