Zéro s’est endormi

Théâtre Artistic Athévains

  • Date Du 6 Novembre au 9 Décembre
  • Texte Valérie Alane
  • Mise en scène et scénographie Christophe Lidon
  • Avec Valérie Alane, Denis Berner, Sarah Biasini, Marie-Christine Danède, Sylvain Katan, Bernard Malaka, Alvaro Bello (musicien compositeur)
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Christophe Lidon et Valérie Alane cheminent ensemble entre rêve et réalité dans Zéro s’est endormi, drame onirique et psychanalytique. Elle écrit, elle joue et il met en scène : l’aventure est surprenante, déroutante, fascinante.

 

L’intrigue prend place dans une chambre, celle de Zéro, personnage apathique et éternel dormeur. Pour éviter la réalité, il tombe dans le sommeil. Mais grâce à l’aide d’Alice, photographe de rêves armée de son appareil Polaroïd, il se rend compte qu’il tombe également dans des songes multiples et prolixes. Un dernier espoir avant le grand plongeon ?

 

Parler du rêve, c’est mettre en mot l’évanescent. Le mettre en scène, c’est matérialiser sa chute dans le physique. Le présupposé de cette mise en scène relève de cette incarnation et donc de la chute du rêve. C’est exactement ce qui se passe : le rêve tombe dans la réalité et dans le cas de Zéro, c’est une nécessité. Il ne veut plus, ne peut plus construire d’images dans le réel : ses rêves deviennent fresques, film en accéléré d’une vie fantasmée… Le spectacle met en scène cet état d’urgence : celui d’un inconscient qui ne vit que dans le rêve, qui s’y introduit en force. Il vit dans ses rêves. En parlant avec les personnages de ses songes (sa mère, Betty sa soeur imaginaire, et le double de lui même), il les fait tomber de l’espace onirique.

 

Ici se pose le théâtre, se pose l’image. Cette réalité dans laquelle s’inscrivent à la fois les personnages de ses rêves et les personnages réels est lieu de tous les possibles : projections d’un arbre qui, arrosé par des paillettes, devient immense ; scène de music-hall sur laquelle se produisent les accouchements chantés d’une soeur enceinte imaginaire; espaces diffractés, étirés, bousculés qui vont de la terre jusqu’à des cieux mouvementés projetés sur scène… L’espace scénique devient proprement jubilatoire, fou aussi et semble parfois nous dépasser par son mouvement perpétuel.

 

Il y a aussi le texte, nœud autour duquel tout se joue. La fiction est extrêmement bien construite, le voyage quasi immédiat. Le mot est dense, cru parfois, et démuni souvent. Le langage laisse place à l’image qui s’incarne devant nous, ce qui peut donner à cette mise en scène son aspect légèrement illustratif. Mais le verbe est aussi conteur, et ainsi s’inscrivent à l’intérieur même du texte des histoires mythologiques remaniés, des chansons de l’inconscient : un langage dilaté et créateur.

Cette mise en scène rend compte avec inventivité de la force du rêve comme matériau théâtral. Cette inventivité s’inscrit dans l’espace et dans cette scénographie pondérée, deux lits, une fenêtre et un écran… qui laissent le vide comme cadeau à l’imagination du spectateur. La force créatrice de ce spectacle prend aussi forme dans un rythme effréné, aussi fou que celui du rêve. Tout arrive à une vitesse folle, tout s’explique, prend vie dans une folie imaginative et souriante.

 

Le rêve s’incarne, se fait réel dans une chambre théâtrale. L’argument psychanalytique et les intrigues familiales qui s’y jouent alimentent une fiction fantastique, une litanie du rêve qui se résout, peut être de manière trop expéditive, dans sa lecture et son incarnation. Ce spectacle d’une cohérence impressionnante nous emmène dans un non-lieu, un espace magique… A défaut de pouvoir le nommer, allons voyager, le temps d’un spectacle, dans les draps du théâtre et les bras d’une folle histoire.

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