Tabou

Le Lucernaire

  • Date Du 5 Septembre au 21 Octobre 2012
  • Auteurs Laurence Février et Gisèle Halimi
  • Mise en scène Laurence Février
  • Comédiennes Véronique Ataly, Mia Delmaë, Laurence Février, Françoise Huguet, Carine Piazzi, Anne-Lise Sabouret
tabou

 

Laurence Février s’attaque à un sujet et à sa violence. Elle ne cherche pas à créer pas la polémique, elle expose un sujet important qui soumet un véritable enjeu social mais aussi de représentation : le viol. La prouesse de ce spectacle est de poser à la scène la question suivante : le théâtre est-il capable de remettre au centre des attentions et du plateau, l’indescriptible et l’insoutenable réalité de ce traumatisme ?

 

Au milieu de dizaines de chaises rouges, seules des femmes incarnent ces témoignages inspirés de faits réels. Elles portent une parole décharnée et prostrée. Elles ont le devoir de parler, de raconter et à chaque nouvel interrogatoire le schéma se réinscrit. Deux femmes comme autant de questions/réponses, d’impossibilités à dire et de questions nécessaires à une juste réalité des faits. Ainsi se pose l’effrayante réalité d’une parole à part entière, trop faible sous le poids de l’évènement et pourtant seule trace de son témoignage. Laurence Février montre la possibilité théâtrale d’un tel sujet : la singularité d’une parole qui représente beaucoup plus que la réalité des faits et la force de sa représentation sur une scène de théâtre.

 

Laurence Février propose un « théâtre documentaire », un théâtre au cœur des problématiques sociales. Tabou se rapproche du sociodrame, ce procédé théâtral mettant en situation des confrontations sociales sur la scène, pour mieux les appréhender et les comprendre autrement. Après un prologue faits de bruits et de corps qui rend compte de la possibilité théâtrale d’un tel sujet, ce spectacle met en place les procédés sociodramatiques évoqués précédemment : un premier système de dialogues entre un interrogateur et la victime interrogée, puis une seconde partie  dans laquelle Laurence Février elle-même prononce un plaidoyer au public, devenu jurés dans une cour d’assise. Le spectateur est à la fois observateur muet, et juge d’un fonctionnement social qui est la considération du viol par la justice et la société. Par ces procédés parlants, le spectateur se doit d’être en position de réflexion sur ce sujet représenté sur scène. En ce sens par sa dimension didactique, le spectacle brûle parfois sa force créatrice au profit d’une réflexion attendue chez le spectateur.

 

Mais la force est ailleurs, dans la puissance d’incarnation de ces comédiennes qui sont d’une justesse inouïe. Toutes différentes, toutes tour à tour interrogatrices et interrogées, rendent compte de cette parole et de ces vies cassées par le traumatisme. Chaque mot est posé, chaque corps est construit sur sa chaise, comme s’il était une victime assommée en attente d’un autre coup. Entre et sur ses sièges immobiles, les comédiennes se débattent et brûlent sous leur silence. Le théâtre de Laurence Février prend alors son sens, dans la redécouverte des situations, dans leur dramatisation et surtout dans la force qu’une comédienne peut leur donner pour ouvrir une parole fermée. Ce spectacle réussit avec simplicité à donner de la puissance à cette parole devenue muette, à la porter sur une scène et dans les esprits pour ne plus la taire.

 

Tabou – Bande Annonce

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