Sous ma peau : Le Manège du désir

Le Lucernaire

  • Date Du 11 Juillet au 15 septembre 2012 à 19h
  • Mise en scène et jeu Geneviève de Kermabon
  • Lumière Pascal Sautelet
  • Musique Originale Jean-Marie Sénia
sousmapeau

 

Torsion.

 

Geneviève de Kermabon est une acrobate. Elle aborde son sujet dans un corps à corps fantasque pour le faire découvrir dans toutes ses facettes. La comédienne-circassienne nous offre une échappée dans ce qui nous bouleverse, ce qui nous transporte : le désir amoureux. Après trois ans de dialogues, d’interviews, de rencontres couchées sur le papier regroupés sous le doux nom de Désirs, elle décide d’en faire un spectacle. Pas le genre de spectacle à effleurer les idées et les concepts comme une simple caresse : un véritable spectacle sous toutes ses formes, qui s’insinue dans les imaginaires et se confronte au matériel de la scène avec une grande virtuosité. Elle ose, elle dit, elle articule les mots et jeux interdits pour mieux les sublimer. La comédienne-metteur en scène modèle ce sujet sensible sans tomber dans le scabreux, mais s’aventure du côté du fantasme, du symbole, de la matérialisation physique à surmonter, à dépasser pour aller plus loin dans une conception et expérience du désir, la sienne offerte au public.

 

 Attractions.

 

Ce spectacle est à l’image de la présence de sa créatrice, surprenant et protéiforme. Oscillant entre cirque, comédie musicale, spectacle de marionnette et théâtre, Sous ma peau est bien comme l’indique son sous-titre, un manège virevoltant et coloré. Il nous transporte dans un sujet mais aussi dans des lieux, par l’artifice des nombreuses techniques que la comédienne convoque avec charme : grâce à une corde sur une piste de cirque, sous une lumière tamisée et face à une corde rose/pénis géant, dans un appartement de fortune pour prostituée d’un soir, dans une rue souillée par le service sexuel d’une épouse désœuvrée. La comédienne découvre aussi la scène comme on découvre le désir, de manière inouïe et surprenante. Tout est attraction, et l’esthétique de sa mise en scène se rapproche des films de cirque japonais ou la sexualité n’est jamais loin de la polymorphie des corps et de leur irréalité. C’est ce qui fait la beauté de cette mise en scène : rien n’est scabreux, ni abject, c’est une ode au désir sous toutes ses formes. Geneviève de Kermabon embrasse le thème avec finesse et imagination, passant du rire au traumatisme avec brio. Elle surprend le sujet tout en nous surprenant, et sa générosité sur scène est enchanteresse, puisqu’en plus des tous les corps prothèses et inertes des marionnettes et mannequins qu’elle use au fur et à mesure du spectacle, elle convoque son propre corps, s’effeuille devant nous sans la moindre vulgarité mais avec un charme immense. Elle se mue en toutes les histoires qu’elle représente sur scène et laisse sur le plateau, un amas  de vêtements, de marionnettes et de masques qui se sont dévoilés devant nous comme les témoins d’une intimité partagée.

Que reste-t-il ? La peau vivante de Geneviève de Kermabon au milieu de ses mues, qui s’endort dans la langueur des désirs incarnés. Plus qu’une attraction à fantasme, ce spectacle est un véritable grand huit théâtral à l’érotisme magique : grisant, fascinant et sans cesse déroutant.

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