Hedda

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Dramaturge : Sigrid Carré-Lecoindre 

Editions : Editions théâtrales

Date : juin 2019

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Hedda est une pièce de Sigrid Carré-Lecoindre publiée en 2019 aux Editions théâtrales. Librement inspirée de la vie d’Hedda Nussbaum et de son récit autobiographique, Intimate Terrorism (2005) cette pièce raconte une histoire de violence conjugale.

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Hedda, le personnage éponyme, fait la rencontre d’un homme au cours d’une soirée. Une fois en couple, IL pousse sa partenaire à gravir les échelons sociaux sous couvert d’une bienveillance qui s’avère pernicieuse. 

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Est retracé la source du personnage féminin qui porte dans son prénom la lourde charge du combat puisque « Hedda » signifie « combat » selon une étymologie germanique. Cette lutte, d’abord intérieure, qu’elle mène contre son bégaiement, la conduit à se replier sur elle-même. Ensuite, les forces basculent quand son compagnon lui apprend à devenir maîtresse de son corps. Elle passe par une sorte de rite initiatique qui doit lui permettre d’acquérir ce qu’il appelle la confiance en soi. Ce rite consiste à infliger à son corps des traitements d’une grande sévérité comme des bains d’eau glaciale. Il s’agit de dompter son corps avec brutalité comme c’est parfois pratiqué avec les animaux sauvages.

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Le personnage masculin, réduit au pronom « IL », reste dans l’ombre tout au long de l’histoire, quant à elle, son prénom n'est associé qu'à ce combat qu’elle mène contre son corps. L’histoire acquiert ainsi une portée plus universelle de violence conjugale. Autour des deux personnages, gravitent deux autres voix intérieures de Hedda : celle du conte et celle du souvenir. Ainsi, des souvenirs d’enfance traversent le texte qui reviennent sur un conte qu’inventait sa grand-mère. Ces moments créent des respirations où la féerie du conte et la paix reprennent leur territoire. Ils temporisent l’histoire où la violence latente, se révèle jour après jour. Par ailleurs, le texte, tapissé, de camaïeux de bleus, dépeint la sombre réalité de cette femme. Le texte, ponctué d’indicateurs rythmiques et de marqueurs d’intensités sonores, accompagne, par ces accents, les mots durs, figurant ainsi la dureté des traitements corporels et double la progression de la brutalité ourdie jusqu’à l’implosion.

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VOIX. - La vérité, je l’ai / là


sur le bout de la langue - J’y suis presque / mais j’attends


qu’elle pousse encore un peu l’histoire.


Il n’y a que l’écrit pour donner un sens au cri. Il n’y a que l’écrit pour donner un / 


SENS. cette nuit, comme la précédente, je me lève. Traverse le couloir ; lance


l’eau de la baignoire, du lave-linge, l’EAU


de la machine à café. TOUS


les robinets, j’ouvre, du bidet aux éviers ; je TIRE la chasse, 


programme l’arrosage


automatique. - J’ORDONNE


une saignée générale, 


une perte massive des eaux. ET je reviens m’asseoir - 


ICI. Pour écouter / je reviens - M’ASSEOIR. ET/


l’eau qui coule ces nuits-là écluse une eau plus sombre, plus


noire, l’encre de la 


mémoire en avalanche de l’histoire. Ça bouillonne, crache.


Alors scrupuleusement je


note,


je collectionne avec exactitude, TOUT,


les montagnes de détails, les bribes de souvenirs, les hypothèses-


déductions, les


éclairages naïfs - Il faut bien que quelqu’un s’y / colle


Et moi maintenant je SAIS


que la mémoire est faillible. La parole inexacte. Que le temps


toujours joue CONTRE


nous. JE SAIS qu’il faut inscrire vite. Pour ne pas OUBLIER


Ou peut-être JUSTE tenter de se souvenir de cet oubli-là, 


qu’on n’a pas été foutu d’oublier.


LA VÉRITÉ / je l’ai 


Sur le bout de la langue. J’y suis presque.


Mais j’attends. 

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Ce texte retrace en profondeur la réalité d’une femme dont l’existence est rythmée par la lutte avec son propre corps. Dans un univers marqué par les bleus, sa personne est engloutie par un autre, IL.

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