TOUS DES OISEAUX

Théâtre-Sénart, Scène nationale

  • Date du 06 mars au 08 mars 2020

Le Théâtre de Sénart, scène nationale, en Seine-et-Marne a accueilli cette création à la fois contemporaine et intemporelle.


J’ai découvert Wajdi Mouawad en lisant « Incendie » il y a plusieurs années.
J’ai été boulversé par sa pièce Incendie et surtout par son magnifique monologue de fin « (…) j'ai pensé au mot OCEAN et j'ai éclaté en sanglots (…) »

Tous des oiseaux de Wadji Mouawad est une création de 2017 qui tourne actuellement avec succès dans le monde entier .


L’histoire de Tous des oiseaux est aussi vieille que le monde et toujours d’actualité : Eitant, jeune scientifique passionné juif allemand et Wahida, une jeune et belle doctorante arabe américaine  tombent amoureux.
Leur histoire d’amour déclenche une grande querelle entre Eitant et son père qui mène le jeune homme dans une quête sur ses origines.
Un voyage à Jérusalem met en lumière un grand secret depuis longtemps enfoui dans la mémoire des grands-parents qui questionne les origines d’identité, de culture, et de pensées des protagonistes …
Le casting international fait entendre plusieurs langues comme l’anglais, l’allemand, l’arabe et l’hébreu … C’est un bonheur d’entendre ces langues qui matérialisent les frontières et les barrières qui peu à peu arrivent à soulever les malentendus et les incompréhensions de chacun
. En effet, c'est grâce à la parole qu'on se libère, qu'on se fait comprendre, qu'on n'arrive à savoir qui on est.
Les interprètes sont puissants; il n’y a aucune difficulté à les entendre ni à ressentir les émotions des personnages .
On peut parfois avoir l’impression d’un sur-jeu ; d’émotions qui arrivent tout d’un coup, sans avoir eu le temps de naitre et d’évoluer.
Mais en même temps les personnages vivent des situations si intenses et si inhabituelles qu’il est possible de comprendre l’intensité et la brutalité des sentiments !
La scénographie d’Emmanuel Clolus est sobre, pratique et  fonctionnelle. Elle laisse toute à fait la place au texte engagé et poétique de Wajdi Mouawad ainsi qu'aux interprètes.
Les émotions portées par les comédiennes et les comédiens s’épanouissent alors sur une scène aussi mouvante que le flux de la mémoire et des émotions afin de transporter le public dans l’histoire.
La musique originale d’Eleni Karaindour est merveilleuse et sert elle aussi le texte en révélant la mélancolie qu’il est possible de ressentir face aux souvenirs oubliés. 

Il y a également dans cette scénographie des éléments qui nous rappellent le cinéma.
Par exemple, des images sont projetées pour dessiner certains endroits comme une bibliothèque ; l’hôpital; le bord de la mer .…etc. Cela permet entre autre d’identifier les ambiances intérieurs et extérieurs des lieux dans lesquels évoluent les personnages mais aussi les lieux « à l’intérieur » des personnages eux-mêmes ( des souvenirs, leurs pensées, leurs émotions ). Il y a également des bruitages qui figurent des bombardements, des reportages et des émissions tv… etc. Le traitement du temps de l’action peut elle aussi rappeler celui utilisé au cinéma avec notamment des scènes du passé qui s’entremêlent avec celles du présent. 

Les vas et viens temporels s’effectuent de manière fluide et compréhensible grâce notamment aux panneaux et aux accessoires de la scénographie qui se déplacent et se transforment progressivement selon les besoins de l’histoire.
Ces éléments cinématographiques semblent venir appuyer la dimension courageuse si ce n’est héroïque qu’il y a parfois à se confronter à l’histoire de nos origines et à la difficulté qu’il y a de savoir d’où nous venons pour pouvoir être la plus juste version de nous même dans le présent et avec l’Autre. 
L’entracte commence après une première partie très rythmée, intense et presque légère grâce notamment à l’humour qui est très présente tout au long de la pièce.  Après une pause de 15-20 minutes la deuxième partie se déroule, plus « lourde » mais avec une lueur d’espoir, un échappatoire vers l’apaisement et un renouveau : il n’est jamais trop tard pour se retrouver et faire la paix avec nous même et les autres.

Nous ne voyons pas les quatre heures passer.
C’est une pièce à découvrir et/ou à redécouvrir.
Culturellement très riche et artistiquement très humaine, cette expérience théâtrale est à vivre.
La simplicité et l’efficacité de la scénographie permet aux comédiennes et comédiens de déployer tout leur talent afin de servir au mieux les mots investigateurs de Wajdi Mouawad. 

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