V.I.T.R.I.O.L

Théâtre de la Tempête

  • Date Du 28 février au 29 mars 2020

de : Roxane Kasperski et Elsa Granat
mise en scène : Elsa Granat

avec : Fanny Balestro, Quentin Coppalle, Pierre Giafferi, Roxane Kasperski, François Vallet, Olivier Werner

collaboration artistique : Hélène Rencurel

scénographie : Suzanne Barbaud

lumières : Lila Meynard  

costumes : Marion Moinet

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Visita Interiorem Terrae Rectificando Invenies Operae Lapidem : explore tes entrailles et découvre le noyau sur lequel bâtir une nouvelle personnalité. Le théâtre de la Tempête explore au vitriol la psychologie traditionnelle pour s’interroger sur la maladie et son irruption fracassante dans le quotidien. 

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Elle vit une vie normale avec un homme normal (Lui 2) dans une maison normale qui a même un canapé d’angle trônant au milieu de son salon. Mais rien ne reste normal lorsque son ex (Lui 1) maniaco-dépressif revient sonner à la porte. Le quotidien est déréglé, décalé par Olivier Werner, ce fou magnifique, ce poète skyzophrène qui occupe la scène par son charisme, attirant autant qu’inquiétant, impose sa présence et sa domination aux autres, les manipule comme les petites figurines de bois qu’il fait évoluer sur la scène miniature du désir et du fantasme. A ses moindres mouvements, Roxane Kasperski et Pierre Giafferi valdinguent et s’effondrent sur le décor en bois, fait de pentes et d’estrades, pantins à la solde du malade qu’il ne faut surtout pas énerver. L’effet est comique, mais il fait rire jaune, car la tension est palpable, dans ce trio qui évolue entre l’amour et la haine, la force et la fuite. 

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L’arrivée des trois musiciens, payés pour mettre la vie de Lui 1 en musique, permet de faire diversion, d’autant plus que Fanny Balestro, Quentin Coppalle et François Vallet nous charment avec leurs reprises au violoncelle, à la flûte traversière et aux percussions. A la fois personnages internes et externes au drame, ils soulignent le rythme parfois délirant, parfois apaisant de la parole, ce qui ajoute aussi un peu de chaos à ce spectacle de la crise. 

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Peu à peu, les perspectives s’ouvrent et les personnages s’effacent pour incarner de grandes figures de la psychologie : Gilles Deleuze, Pierre-Félix Guattari, Franco Basaglia, Michel Boussat, Catherine Dolto… Il s’agit de se poser plus largement la question de la maladie, du statut du malade dans la société, de son traitement. Par exemple, en Afrique, le fou n’est pas coupable, il est envisagé comme la résultante d’un groupe qu’il faut traiter dans son ensemble. En Italie, des asiles ont été ouverts, le malade est considéré comme un citoyen comme un autre, il n’est pas enfermé, voire torturé comme certains patients des hôpitaux psychiatriques français. Au loin on entend la voix de l’ex, qui évoque la sismothérapie, le traitement par électrochocs, et les barreaux aux fenêtres dès le réveil. Pourtant, lorsque la scène reprend, se pose la question d’aller à l’hôpital, de se soigner, de calmer la crise, car il faut bien s’y résoudre pour ne pas brûler ceux qu’on aime. 

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Vivante, dynamique, portée par le brillant Olivier Werner et la musique du trio, la pièce d’Elsa Granat et Roxane Kaperski nous tient en alerte et nous questionne sur la maladie, le lien, le quotidien et la folie. Mieux, elle nous invite à penser à travers les brèches laissées au sein de la crise, du langage et de la théorie psychanalytique.  

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