No Paraderan

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PHOTO : SYLVIE FRIESS

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Théâtre Nanterre – Amandiers – CDN

Du 29 janvier au 1er février 2020

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Direction artistique : Marco Berrettini

Avec : Marco Berrettini, Jean-Paul Bourel, Valérie Brau-Antony, Ruth Childs, Antonella Sampieri, Bruno Faucher, Chiara Gallerani et Gianfranco Poddighe

Assistante : Chiara Gallerani

Scénographie : Bruno Faucher / Marco Berrettini en collaboration avec Jan Kopp

Lumières : Nicolas Barrot / Bruno Faucher

Directeur technique : Nicolas Barrot

Régisseur son : Felix Perdreau

Administration – diffusion : Tutu Production – Pauline Coppée

Costumes : Angèle Micaux

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Avec No Paraderan, Marco Berrettini recrée sa satire, scandaleusement culte, de la mondanité théâtrale dans la grande salle de Nanterre-Amandiers, tout en conservant la radicalité de sa forme.

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La complexe scène d’ouverture suscite déjà l’étonnement. Deux femmes dansent devant un grand rideau rouge de façon tantôt classieuse, tantôt grotesque et animale. Le cadre glamour des apparats d’une soirée de gala est donc d’entrée dynamité par le goût d’une chorégraphie en décalage avec la volonté d’un « show » annoncé par l’esthétique de la pièce. Pourtant, dans certains tableaux, on peut retrouver par moments les codes cette attitude de charisme décomplexé qui a fait les beaux jours de Samy Davis Jr, mais le spectacle n’est alors pas là où on l’attendait. Toute l’attention spectaculaire est concentrée exclusivement aux conversations de galas entourant le spectacle et l’artiste. Les présentateurs et participants de ces émissions et dîners volent la vedette aux artistes concernés, qui voient leur tour de chant de crooner relégué en fond de scène, pour laisser la place à une « expérience sociale » sur les effets du champagne. L’absurdité des rituels théâtralisés de soirées mondaines est donc, ici, habilement soulignée par la déconstruction du spectaculaire, s’appuyant sur un jeu chorégraphique qui sublime le moindre geste extravagant de cette microsociété. Sous le ton ironique des tableaux, se cache, finalement, un véritable respect pour cette mythologie du divertissement qui dessine une critique sous-jacente du nombrilisme des personnes de ce milieu, avec la même folle nonchalance que ces derniers.

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La place du spectaculaire recule au même rythme que le rideau rouge en fond de scène. Les figures, doucement décadentes, se demandent même qui est cet artiste, pour finalement mieux mettre en avant leur art de la présentation au détriment de la personne annoncée. L’effacement du concept d’artiste connaît son apogée dans la longue scène de saluts finaux, véritable « suicide artistique », où chaque acteur annonce sa fin de carrière et la célèbre, avec la même dérision provocatrice envers la       mise en scène du métier d’acteur, ce qui pousse un peu plus loin, encore, l’étrange humour métathéâtral. Le rapport au temps atteint également son paroxysme en matière de ralentissement et de dislocation, donnant encore plus l’impression d’être passé de l’autre côté du rideau, ou plus plutôt ici d’être resté béatement devant pour attendre  le « showman » annoncé et entendu tel un Godot de l’ « entertainment ». Le sentiment de frustration du public, savamment créé par ce travail du temps, permet donc de lui donner le miroir de ses attentes d’une représentation scénique, et tout particulièrement de son décorum sociétal.

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Cependant, on peut regretter que ce fin dispositif ne voit pas ses thématiques un peu plus approfondies par moments, tant le travail formel sublime et complexifie la satire. Le sentiment d’épuisement de la mise en scène de ce milieu mondain sert tout à fait le propos, mais manque peut-être parfois de variations qui ne peuvent que porter davantage le brillant et féroce argumentaire comique des tableaux. No Paraderan marque donc, par sa caustique et radicale chorégraphie des mœurs de la société du spectacle, un art de la déconstruction maniant élégamment ses références des maîtres anciens de l’improvisation spectaculaire. 

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