Avec Hélène et Tout l’amour que vous méritez (A la volée / La réserve)

Editions Théâtrales

  • Date de publication : 2019

*

Ronan Mencec publie, en 2019, aux Editions théâtrales, deux pièces en dyptique : Avec Hélène et Tout l’amour que vous méritez, pièce elle-même composée de deux parties, A la volée et La réserve.

*

Dans ces pièces, l’amour, l’intimité sont des points centraux autour desquels les personnages se construisent, notamment la figure adolescente. La première pièce expose la relation parfois conflictuelle entre une mère et sa fille adolescente. La seconde met en scène les parents et leurs sept enfants qui argumentent pour déterminer le destin de la chambre de l’aînée laissée à l’abandon.

*

Le premier texte, écrit en focalisation interne, transcrit les pensées des deux personnages, plus prolixes que leurs paroles ; les inquiétudes de la mère et les sentiments nouveaux et les questionnements de l’adolescente (p. 23):

*

Dans le miroir

  ÉVA.- J’ai secoué la tête, pour déplacer ma mèche

Je l’ai déplacée du bout de mon doigt mouillé

Dans le miroir de la salle de bains, debout à côté de moi, Damien m’a regardée

La musique de la fête ne nous parvenait plus beaucoup, derrière la porte

Mais tout dans la salle de bains vibrait avec les infra basses

Comme un coeur fort et lent

Les produits cosmétiques des habitants de cette maison s’alignaient sur le rebord

Un flacon de shampooing estampillé d’une fraise

J’ai pensé que mes lèvres avaient peut-être encore le goût de la vodka caramel que j’avais bue à même le goulot, une seule gorgée

Et je me suis demandé pour les lèvres de Damien

Qui se tenait debout

A côté de moi

Je n’avais pas refermé 

Le robinet d’eau

Qui coulait 

*

L’adolescente est la seule à être nommée par son prénom parmi tous les personnages de ce recueil. Dans les textes suivants, exclusivement construits avec les dialogues, les traits personnels sont comme effacés pour désigner les indivis selon leur statut dans la famille : la mère, le père, l’aînée et ensuite selon les stades de la puberté « l’ado » et « la préado », quant aux deux plus jeunes, elles ont pour dénomination « la petite » et « la toute petite » qui s’apparentent à des surnoms. Enfin, le garçon est désigné par sa singularité dans une famille à dominante féminine. Ces appellations conduisent à envisager les personnages et leurs dires selon un mode davantage sociologique que fictionnel.

*

L’écriture de Ronan Mancec se rapporte à la lisière des mots, à ce qui ne peut se dire. La jeune fille, dont le garçon de la famille est amoureux, est désignée par son prénom, Pauline, et le seul trait distinctif qu’elle possède ne peut être énoncé. Ses sœurs répètent, sans jamais aller jusqu’au bout de la comparaison : « c’est la plus ». Aucun paraphrase, aucun sous-entendu n’est formulé. La raison qui pousse le jeune garçon à demander à ses parents cette chambre pour lui est formulée à mots couverts face à l’incompréhension naïve des parents (p.59) :

*

LA MÈRE.- Je ne comprends pas pourquoi tu veux cet espace pour toi tout seul

 LE GARÇON.-  Mais

Parce que

Mais

Parce que

Temps.

 LA MÈRE.- Qu’est-ce que tu dis ?

 LE GARÇON.-  Parce que j’ai besoin d’intimité

Temps.

LA MÈRE.- De ? 

LE GARÇON.- D’intimité

LA MÈRE.- Qu’est-ce qu’il a dit ?

LE PATERNEL, L’AÎNÉE, L’ADOLESCENTE, LA PRÉADO, LA PETITE, LA TOUTE PETITE- / D’intimité

LE GARÇON.- Merde à la fin

LA MÈRE.- On va dire que je n’ai pas entendu

L’ADOLESCENTE. - Elle est irrécupérable.

*

 Dans la réserve, il s’agit de la même famille sauf que la mère n’est plus parmi les personnages. On imagine les enfants grandis. Ils parlent de leurs amours qui ont muris avec eux, ont été, ont disparus, se sont terminés et pas toujours par des « chagrins d’amour ».

*

Ronan Mancec parvient à effleurer l’indicible des sentiments, sans jamais tomber dans le voyeurisme, et cela dans le plus grand respect de la pudeur des personnages. 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


1 Commentaire

  1. Marin - 30/01/2020

    Ça semble être une œuvre très originale.