contes et legendes

Théâtre Nanterre-Amandiers

  • Date Du 09 janvier au 14 février

Une création théâtrale : de Joël Pommerat

Avec : Prescillia Amany Kouamé, Jean-Edouard Bodziak, Elsa Bouchain, Lena Dia, Angélique Flaugère, Lucie Grunstein, Lucie Guien, Marion Levesque, Angeline Pelandakis et Mélanie Prezelin

Scénographie et lumières :Eric Soyer

Recherches / Création costumes :Isabelle Deffin

Création perruques et maquillage :Julie Poulain

Son : François Leymarie et Philippe Perrin

Création musicale : Antonin Leymarie

Dramaturgie : Marion Boudier

Renfort dramaturgie : Elodie Muselle

Assistante observatrice : Daniely Francisque

Renfort assistant : Axel Cuisin etLucia Trotta

Assistante mise en scène : Roxane Isnard

Construction décors : Ateliers de Nanterre-Amandiers

Construction mobilier : Thomas Ramon – Artom

Avec sa dernière création « contes et légendes », du 09 janvier au 14 février, au Théâtre Nanterre les amandiers, Joël Pommerat plonge les spectateurs au cœur d’une fresque futuriste de ladolescence.

Il n’est pas question de science-fiction alertant sur les dangers de l’insertion des robots dans notre quotidien ou prônant leurs capacités supérieures. Cette création théâtrale est avant tout centrée sur l’humain. Joël Pommerat choisit la période délicate et souvent décisive de l’adolescence pour évoquer les difficultés et les enjeux de la construction de soi et pour questionner nos valeurs et nos représentations collectives. A l’heure de l’emprise grandissante des réseaux sociaux sur les adolescents et de leur recherche effrénée à se conformer toujours plus aux normes imposées, le metteur en scène interroge sur la nature même de l’être humain en perte de substance.

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Après son dernier spectacle « Ça ira, Fin de Louis » abordant l’effervescence politique à quelques jours de Révolution française, Joël Pommerat se penche cette fois sur l’état très actuel de l’être humain en tant qu’individu social en construction. Le titre « contes et légendes » est une référence à une série de livres pour enfants avec lesquels le metteur en scène a grandi. Joël Pommerat aime se réapproprier les contes, ils lui ont déjà inspirés certaines de ces créations telles que Pinocchio, Cendrillon ou Le Petit Chaperon rouge, autant de récits de l’enfance et des découvertes du monde. Dans « Contes et légendes », les adolescents ont perdu leur naïveté enfantine, ils cherchent du sens, questionnent, se révoltent et nous délivrent des messages qu’il serait sage d’entendre. Dans un monde futuriste où les robots seraient intégrés dans notre quotidien, l’auteur utilise ces « personnes artificielles » dans un jeu habile de miroir pour s’interroger sur ce que l’humain est ou ce qu’il devrait être, sur son essence même.

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La pièce s’ouvre sur une joute verbale entre deux garçons et une fille qu’ils soupçonnent d’être un robot ; un langage cru parfaitement maîtrisé, une dureté des propos et un humour incisif ; autant d’éléments constitutifs de l’œuvre de Joël Pommerat. Dans un décor minimaliste et neutre, quelques meubles sans couleur se croisent, un canapé, un fauteuil, une table pour accueillir une succession de tableaux humains comme si les objets devaient s’effacer pour mettre en lumière la présence des personnages. Des actrices incroyables de justesse incarnent un groupe d’adolescents de 9 à 14 ans alors qu’elles sont âgées de 26 à 32 ans ; leur maîtrise des attitudes et du phrasé rend cet exercice criant de vérité. Elles sont tout aussi impressionnantes et crédibles quand elles incarnent les robots, « personnes artificielles » ressemblant en tout point à des adolescents humains. Grâce à un travail confondant sur le maquillage et les perruques, elles parviennent à reproduire, de façon troublante, la gestuelle légèrement saccadée et le visage figé  propres aux êtres artificiels. Aucun costume ou de décor futuriste n’est utilisé, Joël Pommerat plonge ces personnages dans un environnement ultra réaliste et actuel. Deux comédiens, une femme et un homme, incarnent les personnages d’adultes bien plus dépassés par le comportement de leurs enfants que par l’évolution de l’intelligence artificielle.

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Le fait que Joël Pommerat ait choisi des femmes pour incarner des jeunes filles, mais aussi de jeunes garçons, fait écho au questionnement des personnages sur la notion de genre, à leurs réflexions sur la définition du féminin et du masculin et de leur place respective dans la société, sur le machisme, sur l’homophobie, sur la peur de l’autre de façon plus universelle. Les personnages des robots sont pleinement intégrés dans le quotidien des humains, ils s’appellent Eddy, Robbie, Steven… Il leur ont été attribué des rôles d’aide et de soutien, ils encadrent le travail scolaire des enfants, ils effectuent des taches ménagères. Ils se révèlent surtout être riches de qualités humaines ; avec empathie et sensibilité, ils écoutent et réconfortent là où les adultes échouent à le faire. Ils mettent en exergue la violence humaine quasi permanente dans cette pièce qui s’exerce aussi bien dans les rapports amoureux ou amicaux qu’au sein la famille ou dans le cadre scolaire.  Joël Pommerat met également en lumière la violence du groupe qui écrase l’individu. L’auteur parvient à dépeindre des situations affectives ou sociales précaires et dérangeantes avec une légèreté déconcertante et un humour fin et pertinent, grinçant parfois mais jamais sarcastique, touchant aussi beaucoup. Les scènes surréalistes, percutantes et drôles s’enchaînent à un rythme effréné, du robot qui danse le moon walk au boot camp contre la féminisation de la société, du robot chanteur adulé qui reprend des chansons de Dalida à la famille cherchant un robot pour remplacer une mère mourante et soutenir un père démissionnaire. A chaque fois, c’est l’Humain que l’auteur sonde et questionne; est-il conditionné et programmé par le respect de normes sans valeur, a-t-il une attitude authentique et juste, ces sentiments sont-ils véritables ; autant de questions que la présence des robots en tant qu’« êtres artificiels et programmés » permet de mettre en relief.

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Joël Pommerat avait précédemment présenté sa vision des rapports amoureux avec « La Réunification des deux Corées », succession de scènes drolatiques et désespérées. En suscitant le rire et l’émotion profonde, il touche à nouveau l’âme et le cœur avec « Contes et légendes », fiction presque documentaire à portée philosophique interrogeant l’homme dans ce qu’il peut avoir de singulier et d’universel. La question n’est pas tant de définir dans quelle mesure la présence des robots modifie notre environnement mais bien plus de savoir quelle humanité ils font émerger en nous et comment celle-ci trouve à s’exprimer. Avec « Contes et légendes »,  Joël Pommerat  nous invite à choisir quels humains nous voulons être.

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1 Commentaire

  1. Marin - 30/01/2020

    Très belle présentation.