Et c’est un sentiment qu’il faut déjà que nous combattions je crois

Théâtre de Vanves

  • Date Du 13 au 15 janvier 2020

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Ecriture collective dirigée par David Farjon – Cie Légendes Urbaines
Mise en scène David Farjon – Compagnie Légendes Urbaines
Scénographpie Léa Gadbois Lamer
Lumière Laurence Magnée
Dispositif technique Jérémie Gaston-Raoul
Avec Samuel Cahu, Magali Chovet, David Farjon, Sylvain Fontimpe, Ydire Saïdi, Paule Schwoerer

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La Compagnie Légendes urbaines présente au Théâtre de Vanves ses réflexions sur le mythe de la banlieue. Une pièce visuelle et dynamique qui donne à réfléchir.

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Tout commence par le sujet diffusé sur France 2 et réalisé par Caroline Sinz, grand reporter, sur la place des femmes dans l’espace public. Deux banlieues, une même ambiance : des cafés pris d’assaut par des hommes et des femmes qui essayent de s’y faire une place. Au fond, dans un des derniers plans du reportage, une femme en burka qui traverse l’écran.  

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C’est à partir de cette vidéo que la Compagnie Légendes Urbaines s’interroge sur le mythe de la banlieue, citant notamment Roland Barthes et ses Mythologies en toile de fond. Pourquoi la banlieue est-elle toujours rattachée à la violence, la drogue et l’islam ? Quelle histoire les médias veulent-ils nous donner à entendre ? Quelle est cette parole récurrente que nous entendons sur les banlieues ? 

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Pour déconstruire le mythe, les comédien.nes vont reproduire les salles de presse de France 2, incarner Caroline Sinz ou David Pujadas, essayer de reconstituer leurs dialogues. Ils vont à leur tour se mettre à filmer des sujets, devenant journalistes grâce à 4 caméras sur le plateau et un contrôleur portatif. Le matériel technique est très pointu, mais il a vocation à nous rappeler que nous regardons de l’image et qui plus est, de l’image construite, traitée, montée. L’écran, le cadre, est ce qui limite la réalité et l’oriente. 

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La réflexion sur la réalité est d’ailleurs un des thèmes majeurs de la pièce. Dans une sorte de mise en abîme, les comédien.nes ne cessent de nous montrer qu’ils jouent eux-mêmes un rôle, qu’ils reproduisent une réalité qu’ils sont en train d’inventer. Alors d’un coup, ils abandonnent leur personnage (d’ailleurs, pouvons-nous parler de personnages lorsqu’il s’agit de personnes réelles ? se demande la comédienne qui doit jouer Caroline Sinz), se tournent vers le public et pose cette question essentielle : pouvons-nous parler à la place des autres ? 

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Si le théâtre documentaire a souvent tendance à traîner en longueur malgré ses thèmes passionnants, la compagnie Légendes Urbaines réussit à ne pas nous ennuyer un instant, malgré les 1h 50 de la pièce. A l’image de cette réalité mouvante et complexe qu’elle interroge, le plateau ne cesse d’évoluer dans un roulis de tables et de chaises à roulettes. Parfois salle de conférence, parfois plateau télé, parfois maquette de banlieue miniature, les décors s’enchaînent de même que les modalités des scènes : seuls, en groupe ou en duo, à l’écran ou sur le plateau, hors du théâtre même, tout bouge de façon dynamique et rythmée. 

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De plus, les comédien.nes n’oublient pas l’humour : on rit souvent de leur imitation des présentateurs de JT, mais on peut aussi être ému, surtout lorsqu’une comédienne raconte la mort de Bouna et Zyed, deux jeunes adolescents pourchassés par la police, à Clichy-sous-bois. Enfin, les références culturelles qui nourrissent leurs réflexions sont variées, allant des anciens reportages des années 1981 au rap de Kery James

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Riche de sens et riche d’inventivité, Et c’est un sentiment qu’il faut déjà que nous combattions je crois est notre premier coup de coeur de l’année 2020 !

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1 Commentaire

  1. Marin - 21/01/2020

    Une critique qui donne l’envie de découvrir ce spectacle.
    Merci