Neufs mouvements pour une cavale

Théâtre de la Cité Internationale

  • Date Du 3 au 9 décembre 2019

T

Écriture : Guillaume Cayet

Mise en scène : Aurélia Lüscher

Scénographie : Guillemine Burin-des-Roziers

Lumière et régie générale : Juliette Romens

Vidéo et son : Antoine Briot

Regard paysan : Jean-Paul Onzon

Avec : Fleur Sulmont

Voix off : Claude Thébert et des paysan·ne·s de la Limagne

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Comment on fait quand on est agriculteur et qu’on ne veut pas obéir aux codes de traçabilité et d’abattage imposés par l’Etat et la Santé publique ? Comment on fait quand on aime sa terre, mais qu’on croule sous les dettes et que personne ne peut nous aider à la sauver ? C’est ce que raconte le texte de Guillaume Cayet, Neuf mouvements pour une cavale, brillamment interprété par Fleur Sulmont au Théâtre de la Cité internationale. 


Quand on entre dans la salle, une femme aux cheveux ras est assise sur la scène, un tabouret en face d’elle, comme une invitation à venir s’asseoir, ou plutôt comme pour signifier l’absence d’un autre qui devrait être là. Le noir se fait et un film d’animation en noir et blanc se lance : on y voit un homme dans une voiture. Puis l’image se déforme, on voit des animaux, la main de cet homme dans la crinière d’un cheval, des vaches. 


Lorsque la lumière revient, la femme se lève et prend la parole pour tenter de raconter l’histoire de celui qu’elle appelle “Mon frère, ce géant” : un agriculteur qui, fuyant la police après un contrôle sanitaire, a été abattu de 6 balles dans le dos, dont 3 mortelles. Sa cavale aura duré 9 jours. Sa mort sera donc racontée en 9 mouvements. 


Pour comprendre l’histoire (réelle) de Jérôme Laronze, il faut comprendre son rapport à la terre, cette terre qui se transmet de génération en génération, cette terre qui est une fierté et un fardeau. Il faut aussi comprendre la solitude qu’impose le monde agricole, l’amour des bêtes plus fort que l’amour des humains. Il faut comprendre le conflit permanent entre l’agriculteur et la DDPP, la Direction Départementale de la Protection de Populations, et ses normes, ses règles, qui coûtent cher à des petits paysans de l’agriculture biologique. Il faut comprendre les couteaux sous la gorge et les suicides. 


Même sa soeur ne comprend pas : “Je ne sais pas vraiment ce qui mène un homme à ça… je ne sais pas vraiment comment vous raconter l’histoire de mon frère, ce géant, je ne sais pas vraiment”. 


Alors pour nous le faire comprendre, il y a le beau texte de Guillaume Cayet, il y a l’émotion dans la voix de Fleur Sulmont, seule sur scène, il y a les témoignages radiophoniques d’agriculteurs, il y a les dessins animés en noir et blanc. 


Toutefois, on regrette le parti pris d’une mise en scène trop épurée qui a parfois du mal à porter le texte jusqu’au bout. Peut-être qu’accorder une plus grande place aux envolées poétiques de l’image ou aux autres voix, que ce soit celle des agriculteurs interviewées, ou encore celle des autres personnages, comme lorsque la comédienne incarne cette agente de la DDPP et sa diatribe presque comique qui rompt avec le ton de la soeur, aurait donné plus de rythme à la pièce.  


Neufs mouvements pour une cavale reste néanmoins un texte poignant, qui donne une voix à ceux qu’on entend peu, qui “raconte des histoires dissidentes”, faisant écho même à ceux qui restent en ville et qui eux aussi sont victimes de violences policières. Le Souffleur avait déjà découvert Guillaume Cayet dans ses textes Une commune et B.A.B.A.R, et si notre critique ne vous a pas suffit pour vous convaincre de son talent, vous pouvez écouter le pendant radiophonique de la pièce Neuf mouvements sur une cavale sur France Culture


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3 Commentaires

    • Valentin - 26/01/2020

      Merci pour votre commentaire !