Pillow Talk

Théâtre Nanterre-Amandiers

  • Date Du 13 au 16 novembre 2019

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Conception et mise en scène : Begüm Erciyas

Scénographie : Élodie Dauguet

Lumières : Jan Maertens

Son : Adolfina Fuck

Développement de l’interface : Ruben van de Ven

Collaboration à l’écriture : Adolfina Fuck, Katja Dreyer, Dennis Deter, Hermann Heisig, Jean-Baptiste Veyret-Logerias

Version française : Jean-Baptiste Veyret-Logerias

Montage sonore en français : Eric Desjeux

Conseiller artistique : David Weber-Krebs

Aides à la recherche : Robert M. Ochshorn, Holger Heissmeyer, Ewa Bankowska, Jozef Wouters, Diego Agulló, Vincent Roumagnac, Taro Inamura, Michael Spranger

Construction décors : Ateliers Nanterre-Amandiers

Administration-Production : Barbara Greiner

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Expérience singulière et intime, Pillow Talk met poétiquement le spectateur face à sa solitude et la place du langage dans notre point de vue sur notre environnement.

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Le plateau de la grande salle du théâtre Nanterre-Amandiers s’est transformé en grotte lunaire, mais ce paysage obscur n’est pas pour autant angoissant. Les couleurs volcaniques du no man’s land contrastent avec la douceur des matériaux utilisés, où chaque petit monticule semble être le parfait endroit à la « confidence sur l’oreiller » annoncée. Pourtant, certaines zones faiblement éclairées nous indiquent la présence de nos étranges interlocuteurs, sorte de longues masses longilignes légères d'un noir scintillant se fondant totalement dans l'atmosphère suspendue et crépusculaire du lieu. Chacun peut se diriger vers celui qu’il préfère dans la pièce, les oreillers étant à bonne distance les uns des autres pour permettre le recueillement de chaque humain. Le trouble commence dès que l'on s'allonge près de la créature. Cette dernière semble d’ailleurs respirer. Son apparence machinale et synthétique rentre donc en contradiction avec l'impression de rocailleuse organicité qui s'en dégage. L'interaction peut alors commencer.

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Après quelques présentations formelles, la parole laconique aux accents robotiques est presque rassurante quant au trouble ressenti lors du premier contact. Nous sommes bien en face d'une machine comme l'oreiller mutant nous le rappelle lors d'un conte décrivant le désert civilisationnel lié à l'extinction de l'espèce humaine qui entraine la solitude des machines. Le trouble revient alors par cette question, la créature se confiant sur son isolement qui nous ramène à notre propre confinement, par notre éloignement des autres participants dans la salle pour créer un cadre propice à la confidence. Mais la confidence du robot s'arrête à ces quelques impressions. Elle nous renvoie souvent au silence quand on cherche à l'interroger sur son état de conscience. Une de ses réponses est astucieuse et déterminante pour la suite de l'échange : « Je ne suis pas très forte pour parler mais je sais écouter ». On se laisse prendre au jeu des demandes de la créature que l'on assiste dans ses handicaps sensoriels. On développe une relation dont la simplicité langagière coïncide avec l'engagement de nos sens, créant un fin lien émotionnel avec cette fascinante peluche inerte.

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La question du langage intervient alors par des jeux interactifs qui, même si la lenteur des réponses ne laisse pas de doute sur leur caractère artificiel, transforme ce trouble entre organique et synthétique nous renvoyant à notre propre façon de construire un dialogue, ainsi qu’à des références communes. L’acmé de ce trouble se concrétise par l’aveu de la créature pour avoir feint de comprendre nos réflexions et ressentis. Son écoute factice remet en question la notion d’humanité dans nos échanges quotidiens et nous ramène à ce sentiment cotonneux de solitude dans un monde où la technologie semble être la dernière archive sensorielle et affective dans un climat d’isolement social. Notre compagnon nous demande effectivement quel mot mémorable, symbolique, nous voudrions laisser au futur avant de nous répéter tous les mots que l’oreiller a reçu avant notre passage et de nous proposer de dormir un peu, finissant donc paradoxalement par retourner à sa fonction première d’avant son étrange humanisation.

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Pillow Talk est donc une singulière expérience mettant le spectateur dans une position active dans son acceptation de nouvelles modalités d’échanges sociaux et le questionnement émotionnel lié à la frontière entre la machine et l’Homme. Le dispositif plastique unique est un total succès pour permettre de pleinement se laisser aller à la confession et gagner par ce trouble délicat.

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