La dernière bande

Athénée Théâtre Louis-Jouvet

  • Date Du 6 au 30 novembre 2019

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texte Samuel Beckett
mise en scène Jacques Osinski
avec Denis Lavant

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scénographie Christophe Ouvrard
lumières Catherine Verheyde
son Anthony Capelli
costumes Hélène Kritikos
dramaturgie Marie Potonet

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Compagnie L’Aurore Boréale

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Coréalisation : Théâtre des Halles Scène d’Avignon, Athénée Théâtre Louis-Jouvet

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La dernière bande de Samuel Beckett, mise en scène par Jacques Osinski et interprétée par Denis Lavant, est jouée à l’Athénée Louis Jouvet jusqu’au 30 novembre.

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Krapp, un vieil homme s’adonne à un rituel dont l’émotion est sans cesse renouvelée. Comme à chacun de ses anniversaires, il enregistre une nouvelle bande magnétique, événement au cours duquel il fait le bilan de l’année écoulée. C’est aussi l’occasion pour lui d’écouter des morceaux choisis enregistrés les années passées avant de se livrer à l’exercice à nouveau. Assis à son bureau, des bananes, des boîtes en cartons numérotées remplies de bobines, un grand registre, un dictionnaire et une boisson non loin de lui sont les éléments essentiels au rituel.

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Cette pièce est écrite au moment où Beckett se familiarise avec le médium radiophonique. La radio de la BBC lui commande des pièces destinées pour la radio. Lors de l’enregistrement d’un extrait de ses romans, Molloy, par Patrick Magee, Beckett est frappé par la « voix fêlée très particulière » du comédien. Il écrit ainsi un texte spécifiquement pour le comédien, La dernière bande. Ce n’est pas sans rapport avec l'attention toute particulière qui a été dévolue à l’acoustique dans la mise en scène de Jacques Osinski. Les chaussures sont particulièrement sonores et mettent en valeur les pas de Krapp à la cadence régulière lors de sa « mastication méditative » ; elles marquent aussi l’éclat du trébuchement sur la peau de banane, ou soulignent encore les pas louvoyants et précipités de la démarche vacillante de l’homme saoul.

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Les prises de son du débouchage de la bouteille en fond de scène et de l’ingurgitation au goulot sont particulièrement soignées. Le son étant diffusé sur des enceintes, le spectateur a le sentiment d’être au cœur de l’action. Se déroulant dans le noir du plateau, hors de la vue du spectateur, ces scènes sont exclusivement acoustiques. De même, la lumière centrale surplombante rend le crâne dégarni du comédien particulièrement lumineux et le visage reste dans l’obscurité, ses traits étant accentués par l’effet de contraste. Les choix de mise en scène permettent de comprendre que la vue n’est plus l’organe de référence dans la pièce.

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La mise en valeur de l’acoustique n’existe que parce qu’elle est rythmée par les silences qui ont la part belle. Ce faisant, Jacques Osinski a étiré la pièce d’un acte de 28 pages en une heure et demi de représentation. Cette part de silence permet au rituel de se dérouler en temps et en heures. Par ailleurs, le silence inaugural provoque gêne, chuchotements, rires nerveux car il est rare donc dérangeant pour le public. Déjà, la mise en scène de Cap au pire du même metteur en scène, avec Denis Lavant, laissait planer le doute du blanc, de la panne effroyable. Ce silence premier est le temps de la réflexion intérieure. Il permet de préparer le comédien et le public au cérémonial du théâtre et à celui du personnage.

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La dernière bande est mise en scène de manière fine, l’écoute du texte et du rythme du rituel sont suivis à la lettre et explorés avec précision.

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En complément, nous avons rencontré Denis Lavant pour parler de son lien à Beckett et de La dernière bande. L'interview est disponible ici :  https://youtu.be/FHxOkGKn2C0


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