Infini

Théâtre Nanterre-Amandiers

  • Date du 13 au 16 novembre

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Chorégraphie : Boris Charmatz

Assistante : Magali Caillet-Gajan

Avec : Régis Badel, Boris Charmatz, Raphaelle Delaunay , Maud Le Pladec, Fabrice Mazliah, Solène Wachter

Lumières : Yves Godin

Son : Olivier Renouf

Costumes : Jean Paul Lespagnard

Travail vocal : Dalila Khatir

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Du 13 au 16 novembre, le théâtre NANTERRE- AMANDIERS accueille la pièce chorégraphique « Infini » de Boris Charmatz.

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Dans ses précédents spectacles, ce chorégraphe s’était intéressé aux notions d’impermanence du mouvement dans « 10000 gestes » où chaque geste exécuté une seule fois était condamné à disparaitre et à celle de répétition du mouvement avec « Levée des conflits » pièce composée de seulement 25 gestes qui se répètent jusqu’à l’épuisement. Avec cette nouvelle création « Infini », il semble présenter cette notion d’infini comme un vecteur d’abandon, de passage et de métamorphose ; comme une façon d’appréhender tout ce qui nous dépasse.En parallèle à cette pièce, le théâtre Nanterre Amandiers propose « Levée » : spectacle né d’un atelier proposé par la troupe de Boris Charmatz avec des élèves de conservatoires des hauts de seine exposant un panel de gestes issus du travail menés lors de la création « Levée des conflits »

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Qu’est-ce que la notion d’infini évoque ? Un vide saisissant et angoissant ou un champ des possibles remarquable ? Le chaos ou la libération ? Avec la pièce chorégraphique « Infini », Boris Charmatz présente une version de l’infini dans un cadre, celui de la scène, et dans le corps de six danseurs dont il fait lui-même partie. Il illustre comment ces entités physiques parviennent à incarner cette notion abstraite et comment celle-ci parvient à les mettre en mouvement , les habiter, les posséder et les transformer.

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Sur un plateau noir et vide, oscillent entre 50 et 100 gyrophares blancs posés au sol dont la vitesse et l’intensité varient selon les tableaux. Tout le début de la pièce est dépourvu de musique ; elle n’apparait que par bribes désordonnées au cours du spectacle. Au commencement seules résonnent les voix de trois femmes et de trois hommes, tous uniques et singuliers, semblant ainsi former un échantillon universel de l’humanité. Le costume de chacun d’entre eux possède un détail insolite : des chaussures rouges à paillettes accompagnées de chaussettes bleues, des manches à froufrou, des genouillères et coudières noires, une robe à fleurs, une brassière blanche transparente, une ceinture argentée.

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Le décompte commence, d’abord de 120 en référence au film « Salo et les 120 journées de Sodome » de Pasolini, puis les chiffres et les nombres s’enchainent et les corps prennent vie. Ils explorent de multiples façons de compter ; ils comptent seuls, à l’unisson, en décalage, à rebours, en anglais, en allemand, en chuchotant ou en criant. Ils chantent, courent, revendiquent. Ils nous offrent à voir une version synthétique de notre monde en rejouant la violence, le sexe, le jeu, la guerre, la mort sous la forme de scènes qui se succèdent frénétiquement. Ces chiffres décrivent le réel : le temps qui passe, les mathématiques, les pas de danse ou encore les moutons. Ils évoquent l’histoire à travers le choix volontairement arbitraire de dates, de la naissance de Pétrarque à celle de Billie Holiday, de la découverte des Amériques à celle du clitoris.

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Le public rit, souvent face aux tableaux surréalistes évoquant la transgression et le sexe. Il est emporté par l’énergie incroyable de ces six humains qui semblent parfois possédés et qui exultent dans des scènes de folie collective proches de la transe ou du rite initiatique.

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Le chorégraphe a décidé de « dessiner le chaos ». Il met en lumière la tension qui existe entre l’aspect chaotique qu’il crée et le caractère très écrit et cadré de la pièce. Rien n’est laissé au hasard ou n’est le fruit d’improvisation.

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Il met également en relief le lien conflictuel entre ces corps « finis » et cette notion d « infini ». Les gestes sont parfois en adéquation avec les comptes mais par moments ils s’en détachent, les précèdent, créent un décalage. Les chants entrecoupent les comptes et s’y superposent. Les corps luttent contre cette notion immuable et semblent parfois vouloir s’en libérer.

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L’idée du mouvement est très présente ; les corps résistent à la transformation que ces décomptes opèrent sur eux ; par moments, au contraire, ils l’acceptent et l’intègrent. Nous assistons à une forme de mouvement perpétuel rapide et frénétique entrecoupé de suspensions, de respirations et de moments de lenteurs presque proches de l’errance. Les six corps se séparent, évoluent et se rassemblent parfois pour créer une seule et même entité sous la forme de pyramides humaines.

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Cette pièce hypnotise par l’énergie incroyable dont elle irradie et par le chaos libérateur dans lequel elle plonge le public. Elle donne matière à questionner notre statut de petits humains perdus dans l’univers. Boris Charmatz semble inviter à se laisser emporter par la transe et à ne pas lutter contre la folie. Selon lui : « J’ai toujours détesté compter en dansant… j’ai toujours préféré laisser mon cerveau divaguer…dans cette pièce nous comptons, parlons, chantons et dansons mais c’est pour mieux divaguer ».

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La pièce prend fin sur les mots « Tout et plus encore » en référence à l’essai de David Foster Wallace sur la notion d’infini comme un message d’espoir à s’approprier.


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