B.A.B.A.R (le transparent noir) Sortir de la nuit 1

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B.A.BAR (le transparent noir est une pièce de Guillaume Cayet dans laquelle il dresse le portrait d’une Afrique démantelée au travers de l’histoire d’une famille atteinte d’un pourrissement de l’intérieur. La pièce morcelée, à l’image du continent africain, se construit sur le modèle d’une cosmogonie avec la maladie en filigrane.

 

L’écriture de Guillaume Cayet use de métaphores jusque dans le titre. B.A.B.A.R est un monde où les éléphants seraient rois si on n’excavait pas les atrocités des souvenirs de guerre. Babar est le personnage éponyme de la pièce ; le sous-titre, le transparent noir, serait l’éléphant réduit à l’état de cendres, évoquant alors la prédominance des hommes blancs dans l’histoire de l’Afrique. Dans la liste des personnages, on compte des entités énigmatiques que sont « Les fantômes/fantasmes » ou encore le personnage du chat (est-il humain ?).

 

ELISABETH – Je voulais faire du crabe et des fruits de mer. Quelque chose d’espagnol. Et puis le froid m’a prise. Cette nuit. UN rêve. DU froid. En plein été le froid. Un souffle tout autour de moi, glacial. Il était là, à me dévisager. Ce souffle. Il y a quelqu’un je dis. IL y a quelqu’un. Une silhouette animale dans la pénombre, descendant l’escalier avec une élégance mortuaire. Un crabe, difforme, aux pattes cadavériques. Laissez-moi, laissez-moi sortir, il me dit, c’est trop tard, le crabe. Il me dit, je suis là pour toi Elisabeth. Je cours, je ne peux plus avancer, ses pinces me retiennent et m’éventrent, je ferme les yeux, mais c’est trop tard. Je le sens qui m’étreint. Et puis plus rien. J’ouvre les yeux et le crabe a disparu. Je vais au lavabo pour me passer un peu d’eau, et dans le miroir, dans le reflet du miroir, je le vois, lui, sur mes joues, ce corps étranger riant sur mes joues, je le vois, son souffle devenu le mien, je le vois, dans le miroir, je suis cette maison qui meurt. (p.40)

 

La métaphore de la maladie est filée tout au long du texte, que ce soit la maladie qu’on couve, qu’on laisse s’infecter en espérant qu’en la cachant elle disparaîtra. Le texte précédent le prologue insiste sur le fait que tout est organique.  « Blessure, déchirure, fracture, amputation. De quel idiome clinique revêtir l’immense (néo/post)colonial ? » (p.7)

 

Le continent Africain, découpé en part de gâteaux, laisse deviner la tentation cannibale sous-jacente: les humains ne seraient que des ingrédients mélangés à la richesse de la terre qu’ils foulent. La métaphore cannibale devient réelle lorsqu’à la fin de l’histoire, les cendres de la grand-mère sont fourrées dans le poulet à la place des épices habituels. La typographie, elle-même, devient organique : se tissent des répliques qui, lorsqu’elles sont prononcées en même temps partagent une même ligne. Plusieurs sens de lecture sont d’ailleurs possibles, et la mort se lit aussi dans le texte quand une partie blanche est laissée à l’emplacement d’une tombe.

 

La pièce n’est pas étrangère au style fantastique, mais sa part réelle, de théâtre verbatim, est composée de citations issues du rap contemporain, de références historiques, ou encore de discours, ancre le propos dans le monde actuel. La pièce est effrayante en ce qu’elle donne corps aux fantasmes et aux métaphores. Sortir de la nuit, c’est la volonté de sortir de cette réalité qui s’assombrit allant du  Jour (« paradis »), au Crépuscule (« paradis noir »), jusqu’à l’Aube (« post-paradis »). La colère adolescente, confrontée à des aînés que le sort du continent semble indifférer, remet sur la table les vieux démons oubliés.

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